"...don't be stuck in the every day reality, allow yourself to dream, have faith in your wildest dreams." [AaRON]

"Ne restez pas scotchés à la réalité quotidenne. Permettez-vous de rêver. Croyez en vos rêves les plus fous..." [AaRON]

lundi 23 décembre 2013

LES 50 ANS D'I HAVE A DREAM DE Martin Luther KING

J'avais prévu de publier ce texte pour l'anniversaire du discours de Martin Luther King, le 28 août. Des évènements inattendus ont fait que j'ai repoussé ce moment. Comme dans le cas du texte de la chanson de Leonard Cohen, j'ai mis beaucoup de temps à traduire le texte original en essayant de rester aussi fidèle que possible à la pensée de son auteur. Je viens d'y apporter une dernière touche. J'espère que vous me pardonnerez ce retard.


MARTIN LUTHER KING : LES 50 ANS D’I HAVE A DREAM

C’était il y a cinquante ans. En effet, c’est le  28 août 1963, sur les marches du Lincoln Memorial à Washington, devant une foule immense, que le pasteur Martin Luther King prononça ces mots « I have a dream » (Je fais un rêve).
Il avait alors 34 ans et Kennedy était président. L’un et l’autre allaient mourir assassinés : John Fitzgerald Kennedy, la même année, à Dallas, à l’âge de 46 ans,  Martin Luther King en 1968, à Memphis, à 39 ans.
Il y a donc eu cette année 50 ans, soit un demi-siècle, que Martin Luther King prononçait son discours. Celui-ci, dont on ne connaît généralement que les quatre mots « I have a dream » dura seize minutes. Il marquait l’aboutissement de la marche pour les droits civiques de la minorité noire qui rassembla plus de 250 000 personnes et se termina devant le Lincoln Memorial à Washington.

Texte intégral du discours de M. L. King le 28 août 1963

"I HAVE A DREAM"

I am happy to join with you today in what will go down in history as the greatest demonstration for freedom in the history of our nation.
Je suis heureux de me joindre à vous aujourd’hui à l’occasion de ce qui restera comme la plus grande démonstration de liberté dans l’histoire de notre nation.  
Five score years ago, a great American, in whose symbolic shadow we stand today, signed the Emancipation Proclamation. This momentous decree came as a great beacon light of hope to millions of Negro slaves who had been seared in the flames of withering injustice. It came as a joyous daybreak to end the long night of their captivity.
Il y a cent ans, un grand Américain, dans l’ombre symbolique dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, a signé la Proclamation d'Emancipation. Ce décret d'une importance considérable venait apporter, comme un phare, la lumière de l’espoir aux millions d'esclaves Noirs, qui dépérissaient, consumés par les flammes de l’injustice. Il annonçait l'aube joyeuse qui allait mettre fin à la longue nuit de la captivité.
But 100 years later, the Negro still is not free. One hundred years later, the life of the Negro is still sadly crippled by the manacles of segregation and the chains of discrimination. One hundred years later, the Negro lives on a lonely island of poverty in the midst of a vast ocean of material prosperity. One hundred years later, the Negro is still languished in the corners of American society and finds himself an exile in his own land. And so we've come here today to dramatize a shameful condition.
Mais un siècle plus tard, nous devons constater que les Noirs ne sont toujours pas libres. Un siècle plus tard, la vie des Noirs est toujours tristement entravée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit toujours sur une île de pauvreté noyée dans les brouillards d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir est toujours repoussé dans les recoins de la société américaine et se trouve exilé dans son propre pays. Cent ans plus tard, le Noir croupit toujours dans les recoins de la société américaine et se trouve exilé dans son propre pays. Et ainsi nous nous retrouvons aujourd’hui pour dénoncer une situation honteuse.
In a sense we've come to our nation's capital to cash a check. When the architects of our republic wrote the magnificent words of the Constitution and the Declaration of Independence, they were signing a promissory note to which every American was to fall heir. This note was a promise that all men - yes, black men as well as white men - would be guaranteed the unalienable rights of life, liberty, and the pursuit of happiness.
Dans un sens, nous sommes venus dans la capitale de notre nation réclamer notre dû. Quand les architectes de notre république rédigèrent le magnifique texte de la Constitution et de la Déclaration d’Indépendance, ils signèrent un engagement dont chaque Américain pourrait se sentir l’héritier. C’était la promesse que chaque homme – oui, aussi bien les  noirs que les blancs – se verrait garantir le droit inaliénable à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur.
It is obvious today that America has defaulted on this promissory note insofar as her citizens of color are concerned. Instead of honoring this sacred obligation, America has given the Negro people a bad check, a check that has come back marked "insufficient funds."
Il est évident aujourd’hui que l’Amérique a manqué à ses engagements pour ce qui concerne ses citoyens de couleur. Au lieu de faire honneur à cette obligation sacrée, l’Amérique a donné au peuple noir un chèque en bois, un chèque qui est revenu revêtu de  la mention « sans provision ».
But we refuse to believe that the bank of justice is bankrupt. We refuse to believe that there are insufficient funds in the great vaults of opportunity of this nation. And so we've come to cash this check, a check that will give us upon demand the riches of freedom and security of justice. We have also come to his hallowed spot to remind America of the fierce urgency of now. This is no time to engage in the luxury of cooling off or to take the tranquilizing drug of gradualism. Now is the time to make real the promises of democracy. Now is the time to rise from the dark and desolate valley of segregation to the sunlit path of racial justice. Now is the time to lift our nation from the quicksands of racial injustice to the solid rock of brotherhood. Now is the time to make justice a reality for all of God's children.
Mais nous refusons de croire que la banque de la justice est en faillite. Nous refusons de croire que les fonds gardés dans les chambres fortes de l’opportunité de cette nation sont insuffisants. Et donc, nous sommes venus exiger le paiement de ce chèque, paiement qui nous donnera la richesse de la liberté et de la sécurité que garantit la justice. Nous sommes aussi venus en cet endroit sacré pour rappeler à l’Amérique l’urgence absolue de cet instant. Il n’est plus temps de se laisser aller au calme apparent ou de se laisser endormir par la drogue soporifique du réformisme. Il est grand temps de  réaliser les promesses de la démocratie. Il est grand temps  de nous élever au-dessus de la sombre vallée  désolée de la ségrégation pour nous engager sur le chemin ensoleillé de la justice raciale. Il est grand temps d’extirper notre nation des sables mouvants de l’injustice raciale pour la conduire sur le roc solide de la fraternité. Il est grand temps de faire de la justice une réalité pour tous les enfants de dieu.          
It would be fatal for the nation to overlook the urgency of the moment. This sweltering summer of the Negro's legitimate discontent will not pass until there is an invigorating autumn of freedom and equality. Nineteen sixty-three is not an end but a beginning. Those who hoped that the Negro needed to blow off steam and will now be content will have a rude awakening if the nation returns to business as usual. There will be neither rest nor tranquility in America until the Negro is granted his citizenship rights. The whirlwinds of revolt will continue to shake the foundations of our nation until the bright day of justice emerges.
Il serait fatal pour notre nation de sous-estimer l’urgence de ce moment. Cet été étouffant où le légitime mécontentement des Noirs s’est exprimé ne se terminera qu’avec l’arrivée d’un revigorant automne de liberté et d’égalité. 1963 n’est pas une fin mais un commencement. Ceux qui espéraient que les Noirs se satisferaient seulement de pouvoir dire ce qu’ils ont sur le cœur risquent de connaître un réveil difficile si la nation retourne simplement à ses affaires après cela. Il n’y aura ni repos ni tranquillité en Amérique tant qu’on n’aura pas conféré aux  Noirs tous les droits des citoyens. La tempête de la révolte continuera à secouer les fondations de notre nation jusqu’à ce que ce que le jour brillant de la justice arrive.    
But there is something that I must say to my people who stand on the warm threshold which leads into the palace of justice. In the process of gaining our rightful place we must not be guilty of wrongful deeds. Let us not seek to satisfy our thirst for freedom by drinking from the cup of bitterness and hatred. We must forever conduct our struggle on the high plane of dignity and discipline. We must not allow our creative protest to degenerate into physical violence. Again and again we must rise to the majestic heights of meeting physical force with soul force. The marvelous new militancy which has engulfed the Negro community must not lead us to a distrust of all white people, for many of our white brothers, as evidenced by their presence here today, have come to realize that their destiny is tied up with our destiny. And they have come to realize that their freedom is inextricably bound to our freedom. We cannot walk alone.
Mais il y a quelque chose que je veux dire à mon people qui est sur le point de franchir le seuil chaleureux qui conduit dans le palais de la justice. Dans le processus qui nous conduira à gagner notre juste place, nous ne devons pas nous rendre coupables d’actes injustes. Pour assouvir notre soif de liberté, ne nous laissons pas aller à boire la coupe de l’amertume et de la haine. Nous devons toujours mener notre combat dans un haut souci de la dignité et de la discipline. Nous ne devons jamais laisser dégénérer notre protestation créative en violence physique. Toujours et toujours, nous devons élever notre combat là où la force physique rejoindra la force de l’esprit. Le militantisme merveilleux qui s’est emparé de la communauté noire ne doit pas nous conduire à nous méfier de tous les blancs, car beaucoup de nos frères blancs, comme le montre leur présence aujourd’hui, sont convaincus que leur liberté est indissociablement liée à notre liberté. Nous ne pouvons avancer tout seuls.
And as we walk, we must make the pledge that we shall always march ahead. We cannot turn back. There are those who are asking the devotees of civil rights, "When will you be satisfied?" We can never be satisfied as long as the Negro is the victim of the unspeakable horrors of police brutality. We can never be satisfied as long as our bodies, heavy with the fatigue of travel, cannot gain lodging in the motels of the highways and the hotels of the cities. We cannot be satisfied as long as the Negro's basic mobility is from a smaller ghetto to a larger one. We can never be satisfied as long as our children are stripped of their selfhood and robbed of their dignity by signs stating "for whites only." We cannot be satisfied as long as a Negro in Mississippi cannot vote and a Negro in New York believes he has nothing for which to vote. No, no we are not satisfied and we will not be satisfied until justice rolls down like waters and righteousness like a mighty stream.
Et, lorsque nous avançons, nous devons faire la promesse que nous irons toujours de l’avant. Nous ne pouvons faire marche arrière. Il y a ceux qui demandent aux défenseurs des droits civiques : « Quand serez-vous satisfaits ? » Nous ne pourrons pas être satisfaits tant que les Noirs seront victimes des inqualifiables horreurs des brutalités policières. Nous ne pourrons pas être satisfaits tant que l’on refusera à nos corps, épuisés par la fatigue des voyages, de se reposer dans les motels des autoroutes et les hôtels des grandes villes. Nous ne pourrons être satisfaits tant qu’on déniera à nos enfants le droit à la dignité par des écriteaux portant la mention « Pour les blancs seulement ». Nous ne serons satisfaits que lorsqu’un Noir du Mississippi pourra voter et qu’un Noir à New-York aura quelqu’un pour qui voter. Non, non, nous ne sommes pas satisfaits et nous ne le serons pas tant que la justice ne roulera pas des eaux puissantes de la vertu et de la morale.     
I am not unmindful that some of you have come here out of great trials and tribulations. Some of you have come fresh from narrow jail cells. Some of you have come from areas where your quest for freedom left you battered by storms of persecution and staggered by the winds of police brutality. You have been the veterans of creative suffering. Continue to work with the faith that unearned suffering is redemptive.
Je n’ignore pas que certains d’entre vous sont arrivés ici après de nombreuses épreuves et tribulations. Certains d’entre vous viennent directement d’étroites cellules de prison. Certains d’entre vous sont venus de régions où votre quête pour la liberté vous a laissés meurtris par les orages de la persécution et choqués par les violences policières. Vous êtes les vétérans de la souffrance créative. Poursuivez dans l’assurance que la souffrance injustifiée vous apportera la rédemption.    
Go back to Mississippi, go back to Alabama, go back to South Carolina, go back to Georgia, go back to Louisiana, go back to the slums and ghettos of our northern cities, knowing that somehow this situation can and will be changed.
Retournez dans le Mississippi, retournez en Alabama, retournez en Caroline du sud, retournez en Géorgie, retournez en Louisiane, retournez dans les taudis et les ghettos  de nos villes du Nord, en sachant que cette situation, d'une manière ou d'une autre, peut être et sera changée.
Let us not wallow in the valley of despair. I say to you today my friends - so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream.
Ne nous complaisons pas dans la vallée du désespoir. Je vous dis aujourd'hui, mes amis que, malgré les difficultés et les frustrations d’aujourd’hui et de demain, j'ai quand même un rêve. C'est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain.
I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: "We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal."
J'ai fait le rêve qu'un jour cette nation se lèvera et vivra la vraie signification de ce en quoi elle croit : "Nous tenons ces vérités comme allant de soi, que les hommes ont été créés égaux".
I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at the table of brotherhood.
J'ai fait le rêve qu'un jour, sur les collines de terre rouge de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble autour de la table de la fraternité.
I have a dream that one day even the state of Mississippi, a state sweltering with the heat of injustice, sweltering with the heat of oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice.
J'ai fait le rêve qu'un jour, même l'Etat du Mississippi, un désert étouffant d'injustice et d'oppression sera transformé en une oasis de liberté et de justice.
I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character.
J'ai fait le  rêve que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils seront jugés non pas sur la couleur de leur peau, mais sur  le contenu de leur caractère.
I have a dream today.
J'ai un rêve aujourd'hui.
I have a dream that one day down in Alabama, with its vicious racists, with its governor having his lips dripping with the words of interposition and nullification - one day right there in Alabama little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers.
Je rêve qu'un jour l'Etat de l'Alabama, avec ses racistes odieux, avec son  gouverneur dont les lèvres dégouttent des mots répugnants d’annihilation et d’extermination, que dans ce même Etat d’Alabama, les petits enfants noirs pourront prendre la main des petits enfants blancs et marcheront ensemble comme des frères et des sœurs.
I have a dream today.
J'ai un rêve aujourd'hui
I have a dream that one day every valley shall be exalted, and every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight, and the glory of the Lord shall be revealed and all flesh shall see it together.
J'ai le rêve qu'un jour, chaque vallée sera exaltée, chaque colline et chaque montagne seront nivelées, les endroits inégaux seront aplanis et les endroits tortueux seront redressés, et la gloire du Seigneur sera révélée, et tous les hommes la verront ensemble.
This is our hope. This is the faith that I go back to the South with. With this faith we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope. With this faith we will be able to transform the jangling discords of our nation into a beautiful symphony of brotherhood. With this faith we will be able to work together, to pray together, to struggle together, to go to jail together, to stand up for freedom together, knowing that we will be free one day.
Ceci est notre espoir. C'est avec cet espoir au cœur que je retourne dans le Sud. C’est avec cette foi, nous pourrons modeler la montagne de désespoir pour en faire une pierre d’espoir. Avec cette foi, nous deviendrons capables de faire de l’exaspérant cliquetis des discordes qui empoisonnent notre nation en une  belle symphonie de fraternité. Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de combattre ensemble, d’être emprisonnés ensemble, de nous lever ensemble pour réclamer la liberté en sachant qu'un jour nous serons libres.
This will be the day, this will be the day when all of God's children will be able to sing with new meaning "My country 'tis of thee, sweet land of liberty, of thee I sing. Land where my father's died, land of the Pilgrim's pride, from every mountainside, let freedom ring!"
Quand ce jour arrivera, tous les enfants de Dieu pourront entonner ensemble cet hymne : «Mon Pays, c'est toi, douce patrie de la liberté, c'est toi que je chante. Terre où reposent mes pères, fierté des pères Pélerins, de chaque montagne, que la liberté carillonne."
And if America is to be a great nation, this must become true. And so let freedom ring from the prodigious hilltops of New Hampshire. Let freedom ring from the mighty mountains of New York. Let freedom ring from the heightening Alleghenies of Pennsylvania.
Et si l'Amérique doit être une grande nation, ceci devra devenir la vérité. Et que la liberté retentisse depuis les hautes collines du New Hampshire. Que la liberté carillonne depuis les puissantes montagnes de New York. Que la liberté carillonne depuis les hauteurs des Alleghenies de Pennsylvanie!
Let freedom ring from the snow-capped Rockies of Colorado. Let freedom ring from the curvaceous slopes of California.
Que la liberté carillonne depuis les Rocheuses enneigées du Colorado! Que la liberté retentisse des pentes plantureuses de la Californie!
But not only that; let freedom ring from Stone Mountain of Georgia.
Mais encore  que la liberté carillonne depuis les Stone Mountains de Géorgie!
Let freedom ring from Lookout Mountain of Tennessee.
Que la liberté carillonne depuis les Lookout Mountains du Tennessee!
Let freedom ring from every hill and molehill of Mississippi - from every mountainside.
Que la liberté carillonne du haut de chaque colline et de chaque butte du Mississippi! Que la liberté retentisse!
Let freedom ring. And when this happens, and when we allow freedom ring - when we let it ring from every village and every hamlet, from every state and every city, we will be able to speed up that day when all of God's children - black men and white men, Jews and Gentiles, Protestants and Catholics - will be able to join hands and sing in the words of the old Negro spiritual: "Free at last! Free at last! Thank God Almighty, we are free at last!"
Quand nous laisserons s’exprimer la liberté, quand nous la laisserons retentir au-dessus de chaque village et de chaque lieu-dit, de chaque Etat et de chaque ville, nous nous rapprocherons de ce jour où tous les enfants de Dieu, Noirs et Blancs, Juifs, Catholiques et Protestants, pourront se prendre par la main et chanter les paroles du vieux negro-spiritual :
"Enfin libres ! Enfin libres ! Dieu tout-puissant, merci, nous sommes enfin libres!"

[Texte original : The Douglass Archives of American Public Adress (http://douglass.speech.nwu.edu); traduction : Roland Comte]

 Cinquante ans après, ce discours donne encore des frissons. Il n'a perdu ni en intensité, ni en émotion. On aurait préféré qu’il ait vieilli, qu’il paraisse dépassé, désuet. Malheureusement, il est toujours d’une actualité brûlante.  Malgré l’élection, à la tête de l’Etat le plus puissant du monde, d’un président noir – Barak Obama qui, de plus, a effectué deux mandats, ce que n’aurait sans doute même pas pu imaginer Martin Luther King – même si de plus en plus de noirs accèdent à la notoriété (dans les institutions, dans les professions libérales, dans le cinéma ou dans la musique…), il reste encore un chiffre terrible : en 2004, 50 % de la population carcérale américaine était composée de noirs et 25 % de latino-américains.
Et les choses ne sont hélas pas prêt de s'arranger avec l'élection récente de Donald Trump, l'un des pires présidents que les Etats-Unis auront jamais eu à leur tête, un homme infâme, ouvertement raciste et xénophobe. Dieu protège l'Amérique (et le monde) !

Je vous renvoie aussi, au sujet de Martin Luther King, au film Selma, que je chronique dans mon blog cinéma Cinérock07.   

DANCE ME TO THE END OF LOVE par Leonard COHEN



Je connais assez bien l’œuvre de Leonard Cohen que j'ai beaucoup écouté depuis mes années de fac. Il fait partie des chanteurs que je continue d'écouter et dont j’ai toujours quelques chansons enregistrées sur mon lecteur MP3 lorsque je suis en voyage.

J’ai eu la surprise de reconnaître cette voix inimitable à la fin du générique d’un film où je ne me serais pas attendu à la trouver : 100 % cachemire de Valérie Lemercier. Pour ceux qui n’ont pas vu ce film, que j’ai personnellement assez aimé, je dirais que c'est une comédie légère et que l’on ne s’attend pas à y entendre une chanson de Cohen et en tout cas, pas celle-là !

J'ai depuis réentendu cette chanson dans un film injustement méconnu, un remake américain de Parfum de femme, de Dino Risi, bêtement intitulé en français Le temps d'un week-end. Ce film, avec Al Pacino dans le rôle titre, est en tout point remarquable et, à mon avis meilleur que l'originaln ce qui est exceptionnel pour un "remake".

Arrivé chez moi, je me suis précipité sur Internet pour avoir confirmation de mon intuition : c’était bien Leonard Cohen que l'on entendait interprétant une chanson que je ne connaissais pas et qui s’intitulait « Dance me to the end of love ».

Bien entendu, j’en ai aussi recherché les paroles et j’ai voulu les traduire. Comme je l’ai déjà souvent dit ici, et ce n’est une révélation pour personne qui pratique plusieurs langues, la traduction est toujours difficile. Elle confine à l’impossible lorsqu’il s’agit de poésie et encore plus de paroles de chansons. Et lorsqu’il s’agit de chansons de Leonard Cohen..., on atteint les sommets car s’ajoute à tout cela la complexité du personnage et de son inspiration. Sur celle-ci, il s’est toujours refusé, sauf de très rares fois, à donner des explications, ce qui peut se comprendre car un poète ne sait pas forcément (ou n'a pas envie de savoir) ce qui lui a inspiré un poème.

Dans le cas de Leonard Cohen, c’est toujours extrêmement difficile.

Voici maintenant mon modeste essai de traduction. Je n'en suis pas totalement satisfait. Comment le pourrais-je avec une chanson d'une telle richesse et aux telles résonances ? 

Dance me to your beauty with a burning violin
Fais-moi danser jusqu’à ta beauté avec un violon en flammes
Dance me through the panic 'til I'm gathered safely in
Fais-moi danser à travers le chaos jusqu’à ce que je sois à l’abri
Lift me like an olive branch and be my homeward dove
Soulève-moi comme une branche d’olivier et sois ma colombe de retour à la maison
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Oh let me see your beauty when the witnesses are gone
Oh, laisse-moi voir ta beauté quand les témoins sont partis
Let me feel you moving like they do in Babylon
Laisse-moi te voir bouger comme ils faisaient à Babylone
Show me slowly what I only know the limits of
Montre-moi lentement ce que je connais seulement des limites
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Dance me to the wedding now, dance me on and on
Fais-moi danser au mariage d’aujourd’hui, fais-moi danser encore et encore
Dance me very tenderly and dance me very long
Fais-moi danser très tendrement et fais-moi danser encore
We're both of us beneath our love, we're both of us above
Nous sommes tous les deux au-dessous de notre amour, nous sommes tous les deux au-dessus

Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Dance me to the children who are asking to be born
Fais-moi danser pour les enfants qui demandent à naître
Dance me through the curtains that our kisses have outworn
Fais-moi danser à travers les rideaux que nos baisers ont usés
Raise a tent of shelter now, though every thread is torn
Dresse une tente pour nous servir d’abri maintenant, bien que tous les fils soient brisés
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Dance me to your beauty with a burning violin
Fais-moi danser jusqu’à la beauté avec un violon en flammes
Dance me through the panic till I'm gathered safely in
Fais-moi danser à travers le chaos jusqu’à ce que je sois à l’abri
Touch me with your naked hand or touch me with your glove
Touche-moi de ta main nue ou touche-moi de ton gant
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Dance me to the end of love
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

[Traduction par R. Comte]

Voici maintenant l'interview de Leonard Cohen sur ce texte :

Dance Me To The End Of Love' ... it's curious how songs begin because the origin of the song, every song, has a kind of grain or seed that somebody hands you or the world hands you and that's why the process is so mysterious about writing a song. But that came from just hearing or reading or knowing that in the death camps, beside the crematoria, in certain of the death camps, a string quartet was pressed into performance while this horror was going on, those were the people whose fate was this horror also. And they would be playing classical music while their fellow prisoners were being killed and burnt. So, that music, "Dance me to your beauty with a burning violin," meaning the beauty there of being the consummation of life, the end of this existence and of the passionate element in that consummation. But, it is the same language that we use for surrender to the beloved, so that the song -- it's not important that anybody knows the genesis of it."

"C’est étrange comme les chansons commencent, chaque chanson, comme une graine ou une bouture que quelqu’un vous tend ou que le monde vous offre. C’est pourquoi le processus qui consiste à écrire une chanson est si mystérieux. Mais celle-ci m’a été inspirée après avoir entendu parler, ou lu, ou simplement par le fait de savoir que, dans les camps d’extermination, à côté du crematorium, dans certains de ces camps de la mort, un quatuor à cordes avait été obligé de donner un concert alors que l’horreur était à l’œuvre, eux dont la destinée était une pure horreur. Et ils jouaient de la musique classique pendant que leurs compagnons étaient tués et brûlés. Ainsi,  cette phrase « Dance me to your beauty with a burning violin », qui évoque la beauté qui se consume avec la vie, la fin de l’existence et l’annihilation qu’entraîne aussi la passion. Ce sont les mêmes mots que l’on emploie pour s’abandonner à l’amour; c'est pourquoi il n'est pas important que l'on connaisse la genèse de cette chanson." [Traduction : RC]

Je pense que cet éclairage vous permettra, sinon de comprendre toutes les subtilités de ce texte, du moins vous permettra d'en mesurer la profondeur. 

Reste à savoir pourquoi Valérie Lemercier a mis cette chanson à la fin de son film ? Peut-être ses sonorités lui ont-elle simplement plu ? Peut-être a-t-elle voulu indiquer que son film n'était pas qu'une comédie...  Il est vrai qu'il parle d'une histoire d'adoption ratée et qu'au fond, le sujet amène à réfléchir. Si quelqu'un a la clé de cette énigme, je suis preneur.