"...don't be stuck in the every day reality, allow yourself to dream, have faith in your wildest dreams." [AaRON]

"Ne restez pas scotchés à la réalité quotidenne. Permettez-vous de rêver. Croyez en vos rêves les plus fous..." [AaRON]

samedi 4 octobre 2008

RENE BARJAVEL



Il s'en est fallu de peu que je connaisse René Barjavel grâce à ses cousines cousines Eysseric, qui vivaient à Tulette, dans la Drôme. Melle. Lina Eysseric était mon professeur de philo au Lycée Marcel-Gimond et la dernière année de terminale (c'était juste avant mai 68), s'est mal passée : elle était sans cesse chahutée et l'a très mal vécu d'autant plus qu'elle n'avait pas le soutien de sa direction. Après le bac, lors de mes premières années de fac, je suis resté en contact avec elle et sa soeur, Edmée. Lors de mes passages à Tulette, j'ai plusieurs fois bénéficié de leur hospitalité dans leur vieille maison, située dans le corps des remparts du village, pleine du charme et des parfums des maisons provençales. C'est là, autour de la table de la cuisine, que nous avons parlé de Barjavel, dont j'avais lu avec passion "La nuit des temps". C'est sans doute ce livre qui m'initia à la science-fiction. Il paraissait à l'époque en feuilleton dans le Dauphiné-Libéré [1] et nous attendions impatiemment, ma grand-mère et moi, que mon grand-père ait terminé la lecture des nouvelles du jour (et des annonces nécrologiques, qu'il ne ratait jamais !) pour nous précipiter dessus et nous en arracher le dernier épisode. Nous découpions même le journal et collions, dans un cahier (dont je ne sais pas ce qu'il est devenu), les épisodes quotidiens de ce roman haletant.

Suite à nos échanges sur Brocéliande avec Myrdinn, j'ai eu envie de relire L'Enchanteur pour retrouver la description de l'espluméor. Au début du volume, qui regroupe, de manière un peu anarchique sous le nom de "Romans merveilleux" (Presses de la Cité, coll. Omnibus, 1995) plusieurs de ses romans (certains autobiographiques comme Tarendol et La charrette bleue, mais aussi L'Echanteur, Les Dames à la Licorne et Les Jours du monde, écrits avec Olenka de Veer), je tombe sur un texte écrit en 1985, peu avant sa mort et qui est, en quelque sorte, son testament littéraire et philosophique. Je ne peux résister à vous en citer quelques extraits.


"24 janvier 1985 : Je suis entré ce matin dans ma soixante-quinzième année. Ca commence à faire beaucoup. J'aime la vie, chaque seconde de ma vie. Je n'ai jamais été indifférent, j'ai regardé, écouté, goûté, touché, respiré, aimé. Aimé toute chose et toutes choses, belles et laides, émerveillé par les miracles qui m'entourent et dont je suis fait. Je suis un univers de miracles. Je le sais. Bonheur de sentir le stylo entre mes doigts, et la fraîcheur du papier sous ma main, et de voir le petit serpent de l'écriture dessiner son chemin comme je l'ai voulu et comme il le veut. Bonheur de me savoir vivant et de savoir autour de moi l'univers en marche (...). Essayer de comprendre ? Impossible. Démesure. Mais s'émerveiller de la grandeur infinie, si bien finie en chaque poussière de poussière. Et de l'ingéniosité de chaque détail (...) Vide, tout est vide, disait l'Ecclésiaste. Et ce vide est si [ingénieusement ordonné mots barrés et remplacés par :] méticuleusement et grandiosement ordonné qu'il emplit et construit et anime le vivant et la brique, la brique est vivante (...) Je n'ai pas envie de mourir, mais je crois que j'ai assez vécu. Chaque instant est l'éternité. Je sais que ceux qui m'attendent ne m'apporteront rien de plus (...) Je me suis bien nourri d'être autant que je pouvais, à ma dimension, et de petit savoir, et de grande joie émerveillée. Et maintenant, je voudrais faire comme mon chat après son repas : m'endormir."

René Barjavel est mort quelques mois après avoir écrit ce texte-confession magnifique, très exactement le 24 novembre 1985. Il est enterré dans le petit village de Tarendol, titre d'une de ses oeuvres, face au Mont Ventoux. 

Sur René Barjavel voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Barjavel

[1] Le roman était prévu, à l'origine, pour être le scénario d'un film que devait réaliser André Cayatte. Malgré l'énorme succès de 2001, l'odyssée de l'espace, la frilosité des producteurs français envers la science-fiction était telle à l'époque, qu'aucun d'entre eux ne voulut tenter l'expérience. Je ne sais pas à quelle date le roman fut publié en feuilleton par le Dauphiné Libéré. D'abord refusé par Denoël, l'éditeur où Barjavel, déjà connu, publiait ses livres, c'est un autre éditeur, Les Presses de la Cité, qui accepta sa publication, et bien lui en a pris puisque le roman devint un best-seller. 

1 commentaire:

  1. Ah Barjavel... Comme j'aurais aimé le connaître, le rencontrer, lui parler, le toucher. Juste le remercier pour son oeuvre, pour ses mots qui me touchent toujours... Je ne l'ai jamais connu, mais il me manque. Merci pour ce petit article en son honneur.

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