"...don't be stuck in the every day reality, allow yourself to dream, have faith in your wildest dreams." [AaRON]

"Ne restez pas scotchés à la réalité quotidenne. Permettez-vous de rêver. Croyez en vos rêves les plus fous..." [AaRON]

jeudi 30 août 2007

Yves BONNEFOY : "L'Arrière-pays"

Nicolas de Staël, La route d'Uzès*
Depuis des années, un ouvrage fait partie de ceux qui ne quittent que rarement ma table de chevet, pour y revenir régulièrement. C'est L'Arrière-pays, d'Yves Bonnefoy. C'est un livre que j'ai prêté, perdu, offert, racheté plusieurs fois... Sa première édition chez Skira (Genève) date de 1972. Il est devenu ensuite introuvable puis a été réédité par Gallimard dans sa collection de poche "poésie". Il y a quelques années, lors d'un voyage à Paris, où j'avais vu une exposition sur Nicolas de Staël - que j'aime aussi beaucoup - j'avais retrouvé une réédition de l'édition d'origine, avec les illustrations en couleurs. Je l'avais immédiatement racheté. C'est cet exemplaire, qu'avec précaution et une certaine réticence, je souligne (au crayon car je n'ose utiliser l'encre) souvent, une phrase par-ci, une par-là, me disant chaque fois qu'il me faudrait souligner toutes les phrases, tous les mots, car je me sens en accord avec chacun d'entre eux. Je voudrais seulement ici, vous citer le tout début du livre :

"J'ai souvent éprouvé un sentiment d'inquiétude, à des carrefours. Il me semble dans ces moments qu'en ce lieu ou presque : là, à deux pas sur la voie que je n'ai pas prise et dont déjà je m'éloigne, oui, c'est là que s'ouvrait un pays d'essence plus haute, où j'aurais pu aller vivre et que désormais j'ai perdu." Et, page suivante, ceci : "Et pourtant, c'est quand j'en suis venu à cette sorte de foi que l'idée de l'autre pays peut s'emparer de moi le plus violemment, et me priver de tout bonheur sur terre. Car plus je suis convaincu qu'elle est une phrase ou plutôt une musique - (...) et plus cruellement je ressens qu'une clef manque, parmi celles qui permettraient de l'entendre."

Je ne sais pour vous, mais pour moi, cela évoque tellement ce monde "au-delà des rêves" que je voudrais vous faire approcher par ce blog, cela me "parle" tellement vrai, tellement en profondeur, que je me sens vibrer comme une corde de violon et que je voudrais avoir écrit ces phrases.

Si, justement, vous vous sentez en harmonie avec cet "arrière pays" si bien décrit par Bonnefoy, je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer ce livre, même si ce n'est que dans l'édition de poche.

* Ce tableau avait été choisi pour illustrer l'affiche de l'exposition "L'arrière pays au carrefour de l'art moderne et contemporain" qui avait eu lieu au Château des Adhémar à Montélimar en 1997. (parmi les artistes exposés, de grande qualité, outre de Staël, que j'aime, d'autres qui ne me laissent pas indifférent, comme Giacometti, Tapies, Soulages... Je n'ai malheureusement pas vu cette expo, n'en ayant appris que trop tard l'existence par une de mes clientes, elle aussi passionnée de Nicolas de Staël. C'est grâce à elle que j'ai eu cette affiche. Je l'en remercie encore si, par hasard, elle tombe sur ce blog...

jeudi 16 août 2007

POESIE : "LES MURS"


Le poème "Les murs" avait été publié dans l'Ivraie n°3, 1983. Il est repris ici sans modification.
Je le dédie aujourd'hui à tous ceux qui sont injustement emprisonnés.

Les murs

Dans la chair de la terre, ils firent une entaille de sang.

Ils y plantèrent leurs épieux et ils dressèrent les murailles de la première ville.

Dans la ville, ils firent des maisons, des châteaux, des églises, mais aussi des prisons.

Et derrière les murs, on enferma la peur, l'ennui, la souffrance et l'angoisse.

On enferma la haine et l'amour, la vie.

Et de la vie, on fit une petite mort.

Et de nous, des voyeurs derrière des volets.

On fit, au mensonge, un rempart, à la lâcheté, un palais.

Et on creusa des caves et des couloirs, pour y cacher le Minotaure.

Et le tout, on le couronna de clochers !


Souvent, disparurent les murs, s'éboulèrent les tours...

Et du ciment de sang et d'or, le souvenir fut emporté.

Mais toujours, ils furent rebâtis, plus épais et plus lourds,

plus sombres et plus gris.


Un mur cacha la mer, une rose, le rivage...

Un mur devant le vent du large,

et la colline fut enclose, ses parfums oubliés

- ils faisaient trop rêver ! -

un mur devant, un mur derrière et un mur au-dessus (on l'appela un toit)

pour oublier l'orage, la valse de la neige ou des pétales d'amandier.

Un mur, surtout, pour échapper au regard absolu des étoiles !

Et un mur à la joie, un à l'espoir,

un mur pour le sourire, et un mur pour la source,

un pour l'enfant, un pour l'oiseau

un mur pour le partage, un mur pour le carnage,

un mur ici ou là, jour à jour, nuit à nuit.


Un mur, des barbelés, une frontière.

Un mur pour le paradis, un autre pour l'enfer.

Un mur pour toi, un mur pour moi,

et pour vous, et pour lui

Et un mur pour les cris de ceux que l'on torture,

un mur pour ceux qu'aujourd'hui l'on fusille.

Un mur pour Celui qui fut crucifié,

un mur pour le sépulcre, un mur pour le charnier

un mur devant les yeux, un mur autour du coeur.


O, murs de mort ! Quand donc cèderez-vous au temps ?

Quand tomberez-vous en poussière ?

Quand donc viendra la mer vous transformer en grève ?

Et le vent, pour disperser vos cendres ?


O, murs des hommes, faut-il donc que les dieux excédés,

de nouveau descendent sur la Terre pour balayer vos ombres ?

Faut-il que les trompettes sonnent, que la forêt s'avance

pour qu'enfin vous fondiez dans les brouillards du temps

et que la liberté brille avec l'aube neuve,

que la chanson s'élève jusqu'aux confins de l'univers,

et que la flamme pure pénètre au plus profond du ventre de la nuit ?


Si je savais que vous soyez défaits,

je veillerais !


(Extrait de "Paroles du vent" - "les murs", mai 1978)

mardi 14 août 2007

Eragon, le film

Ce post a été déplacé sur http://rock07.blogs.allocine.fr/

Les anges



Photo Roland Comte

Mon intérêt pour les anges ne date pas d'hier. Je sais que je ne suis pas le seul, bien entendu. Les anges ont fasciné et fascinent encore beaucoup de monde, et chacun a sa propre approche. Des anges, Dieu sait que nous en avons vus lorsque nous sommes allés à Rome en 2005. Des anges de la Renaissance, des anges baroques (beaucoup !), ceux du Bernin disposés sur le pont Saint-Ange, en particulier... Au retour, j'ai lu une biographie du Caravage et j'ai eu envie d'en savoir plus sur sa peinture qui, jusque là, m'avait laissé plus qu'indifférent, m'avait déplu, même, par son côté outrancier, presque malsain.

Mais ma conception des anges se rapproche plus de celle de Rilke. C'était Sylf qui, la première, m'avait parlé de Rilke. A l'époque, je ne connaissais rien de sa poésie. J'ai découvert ensuite les "Elégies de Duino" où il parle énormément des anges. Mais ce qu'il en dit n'évoque pas du tout la conception éthérée et gentillette que s'en fait la majorité des gens. Pour Rilke "tout ange est terrible". Pour lui, l'ange est une entité qui se place sur un plan très différent de l'humain, tellement différent que si l'homme est mis au contact d'un ange, il peut être consumé, comme l'éphémère ou le papillon l'est au contact de la flamme :

"Qui, si je criais, qui donc entendrait mon cri parmi les hiérarchies des Anges ? Et cela serait-il, même, et que l'un d'eux soudain me prenne sur son coeur : trop forte serait sa présence et j'y succomberais. Car le beau n'est rien d'autre que le commencement du terrible, qu'à peine à ce degré nous pouvons supporter encore; et si nous l'admirons, et tant, c'est qu'il dédaigne et laisse de nous anéantir. Tout ange est terrible." (Première Elégie)

C'est aussi cette vision de l'ange terrible que décrit Gitta Mallasz dans ses exigeants Dialogues avec l'ange recueillis en pleine invasion de la Hongrie par les nazis entre 1943 et 1944. 

lundi 13 août 2007

Mes nouvelles : "Le visiteur" (1972)







Au départ, ce texte avait été écrit sous le titre "l'étranger" qui est aussi celui d'un poème que j'ai publié ici. Il a été grandement modifié depuis sa première version, écrite lors d'un voyage à Genève, alors que j'étais en Sciences-Po, en 1972. Il avait été inspiré par une réception à l'ancien siège de la Société des Nations, devenu siège de l'ONU. J'espère que cette nouvelle version vous plaira. Après avoir vu le remake du film "Le jour où la terre s'arêta" (2008) avec Keanu Reeves, je me rends compte qu'il avait aussi été inspiré par ce film du même nom, réalisé par Robert Wise (1951), que j'avais vu lors d'un festival de SF, à Grenoble.

Le visiteur (1972)

Il était seul.

De l’esplanade pavée de grandes dalles blanches, l’on découvrait l’immensité de la ville : une forêt hérissée de gratte-ciel dont la pointe semblait noyée dans la brume légère qui la nimbait.

Son seul compagnon était le silence. Un silence absolu, total, aussi immense que l’immensité de la ville.

Certains l’auraient trouvé « pesant », ou même « menaçant », mais le visiteur ne connaissait pas ces mots ni l’un ni l’autre de ces sentiments. Pour lui le silence était le silence, rien d’autre.

Mais pour ceux qui habitaient la ville, cela aurait dû paraître anormal car celle-ci vivait perpétuellement entourée du brouhaha fait par le bruit des voitures, des klaxons, des sirènes et de bien d’autres qui rythmaient ses activités et étaient synonymes de la vie. Sans doute ses habitants n’y prêtaient-ils pas attention mais, aujourd’hui, s’ils avaient pu l’entendre, ce silence les eût surpris et dérangés et ils se seraient inquiétés.

Le visiteur ne s’en inquiétait pas, lui. Tout ce qu’on entendait, c’était le léger bruit du vent qui soufflait sur l’esplanade et entre les tours altières. Mais ce vent n’agitait aucun arbre, car il n’y en avait pas ici, sur cette esplanade immaculée, où rien n’aurait pu évoquer la vie. Seules quelques rides troublaient la sérénité des bassins emplis d’une eau limpide. Seules, au haut des mâts, ondulaient mollement des centaines de bannières colorées.

Devant lui, dominant l’esplanade de toute sa prodigieuse hauteur, se dressait un building de verre et d’acier dont la masse semblait l’interpeller avec une supériorité feinte, lui, le visiteur.

Il leva les yeux vers le ciel. Il était clair et calme. Il n’y avait pas un nuage. Pas un avion non plus, ni un oiseau. Comme montait le soleil, la ville se défaisait un à un de ses voiles de brume.

Tournant le dos au soleil, le visiteur s’avança vers l’immeuble. Ses pas claquaient dans le silence sur les dalles de marbre. A ce bruit, il tressaillit, tant il se savait seul.

A présent, il avait atteint les grandes portes de verre. Il savait que, peu avant qu’il ne se présente devant elles, elles s’ouvriraient dans un chuintement discret pour le laisser passer. Il savait aussi qu’en pénétrant dans le vaste hall aux murs froids et métalliques, la même magie, dont les hommes étaient si fiers, opèrerait indéfiniment, jusqu’à ce qu’il ait atteint, au 32ème étage, la terrasse depuis laquelle on dominait la ville.

Un mince sourire effleura son visage lorsque ses yeux se posèrent sur le sigle des Nations Unies de la Terre. Le monde des hommes s’y dessinait en filigrane, perdu au centre du grand mur bleu. C’était donc l’image qu’ils se faisaient de la paix. Quelle étrange vision et quelle étrange notion avaient-ils de l’unité ! Unité dans la mort, unité dans la violence et dans la destruction ? Oui, sans doute…

Il y avait seulement quelques jours, le monde qui lui était apparu, à lui, le visiteur n’avait rien à voir avec cette image plate et sereine, reproduite là, sous ses yeux. La Terre qu’il avait découverte était livrée à la violence, à la misère, à la haine, à la folie, à la souffrance… Voilà ce qu’il avait vu, lui, le visiteur, à la place de cette image artificielle et fausse.

La haute porte bleue s’était effacée devant lui.

Il se revit à quelques jours de distance, dans cette salle hémisphérique, approchant lentement de la tribune où il allait s’adresser aux représentants des nations de la Terre.

Il avait parlé avec ses mots, en absolue sincérité de cœur et d’âme à ces gens qu’il croyait encore susceptibles de comprendre : il avait dit la loi d’Amour, l’Univers Un dans lequel la Terre avait son rôle à jouer… Ce rôle, elle ne le jouait plus. Volontairement ? On lui proposait, pour sauver l’humanité de la destruction totale vers laquelle elle se dirigeait, d’entrer dans la grande Alliance. Pourquoi la Terre refuserait-elle ? Lui-même débordait d’amour lorsqu’il avait prononcé ces paroles.

Mais, soudain, alors qu’il ne s’attendait à rien de ce genre, il avait senti son cœur éclater, une terrible douleur à la poitrine, une grande déchirure de tout son être... Il avait encore tenté de prononcer les mots importants qui lui restaient à dire mais un bruit immense avait envahi sa tête, un vacarme énorme, démesuré issu de son propre organisme blessé qui se mélangeait aux cris et au brouhaha de la salle.

Il s’était affaissé sur l’épais tapis bleu. Il se souvenait d’avoir remarqué tout près de ses yeux cette tache qui grandissait, s’élargissait…

La souffrance de son âme avait été bien plus intolérable que celle de son corps. Son corps, cela avait à vrai dire bien peu d’importance. Des corps, il pouvait en avoir d’autres… Mais ce qui lui était si douloureux, c’était qu’il avait échoué dans sa mission. Ils ne l’avaient pas écouté, pire, ils ne l’avaient pas compris, PAS COMPRIS !

Le silence avait brusquement succédé aux cris lorsque les portes avaient volé en éclat pour laisser passer ses compagnons venus rechercher son corps étendu, là, sur le tapis bleu, maintenant imbibé de son sang.

Il était seul de nouveau. Le soleil chauffait son nouveau corps. La Terre était belle, pourtant. Pourquoi les hommes n’avaient-ils eu de cesse de la défigurer, de la détruire, de rompre les équilibres admirables qu’elle avait mis des millénaires à établir ?

Après son échec, les évènements avaient suivi leur cours. Les forces galactiques s’étaient mises en attente afin d’intervenir dès que les premiers nuages de poussières radioactives apparaîtraient dans l’atmosphère. En quelques jours, ils avaient nettoyé le ciel, mais ils n’avaient pu empêcher les ultimes combats dans lesquels les survivants avaient fini par s’entretuer. Sur Terre, la vie s’était rapidement éteinte. Maintenant, la planète était irradiée pour des milliers d’années. L’axe de celle-ci s’était incliné de quelques degrés, provoquant des tempêtes et des catastrophes aux conséquences incalculables. Les océans étaient montés, recouvrant de leurs eaux les orgueilleuses cités de béton et d’acier.

Si on l’avait écouté, est-ce que cela aurait changé grand-chose ?
La Terre n’aurait-elle pas été un poison introduit au sein de l’Alliance ? De toute manière, il n’était plus temps de regretter ou de juger, de dire si cela aurait été bien ou mal… Cela était, voilà tout, les hommes avaient choisi et précipité leur destin. La vie continuait ailleurs sous d’autres formes.

Quant à la Terre, il lui restait le silence.

Le visiteur marcha vers l’engin métallique posé sur l’esplanade. Il brillait au soleil comme brillait l’océan sans limite qui recouvrait la Terre.

Genève, 1972
Aubenas, 2007

samedi 11 août 2007

Hugo, le rat que j'ai sauvé de la noyade...


C'était il y a deux ans, le 17/08/2004. J'avais raconté cela sur le forum Wanadoo mais n'en avais pas gardé trace. C'est grâce à Rosy, que je remercie (voir son site dans la rubrique sites amis) que je peux vous faire partager cette histoire.

Après Puck, le pigeon, c'est un rat que j'ai sauvé. (Quelle horreur, un rat ? Oui, un rat !) Il faut croire que je suis programmé pour tomber sur tous les animaux à sauver de la création. Ce soir, il y a eu un orage extraordinaire dans ma ville. Je n'en avais jamais vu comme ça. Sortant du boulot, résigné à me faire tremper en rentrant chez moi (j'ai la ville - petite - à traverser à pied), je me suis cependant arrêté à l'abri dans le hall d'un magasin car l'orage redoublait de violence. Tout à coup, de l'autre côté de la rue, une bouche d'égoût qui dégorgeait s'est soulevée et il en est sorti... un rat. Un rat gris, tout ce qu'il y a de plus rat d'égoût. La pauvre bête était groggie, à moitié noyée. Il s'est malgré tout mis sur son derrière à se nettoyer au milieu des torrents d'eau qui empiraient. Je pensais en moi-même : mets toi à l'abri, tu vas te faire emporter ! Enlève-toi du milieu ! Mais il devait être tellement sonné qu'il ne réagissait plus. J'étais bien embêté. Je n'avais rien sur moi et je n'ai pas de sympathie particulière pour les rats d'égoût. Je me suis demandé un moment ce que j'allais bien pouvoir faire mais ma compassion a été la plus forte. J'ai vidé mon sac à dos dans le hall du magasin où je m'abritais tant bien que mal, vidé un sac plastique qui était dans le fond du sac et je me suis approché du "bestiau". Je l'ai poussé du pied pour le mettre sur le côté de la rue. Il est tombé sur le côté. Il était si piteux, il était en fait à demi mort et quand j'ai vu qu'il ne réagissait pas je l'ai poussé dans le sac puis je suis rentré chez moi aussi vite que j'ai pu, tenant le sac entrouvert à bout de bras en priant le ciel qu'il tienne jusque là. Là, j'ai vidé le sac dans une corbeille en plastique (qui avait déjà servi pour transporter Puck chez le vétérinaire). Le rat respirait faiblement. Je suis allé chercher le sèche cheveux et je l'ai séché. Au bout d'une 1/2 heure, il a essayé de se mettre debout. Je lui ai mis du lait sous le nez et, voyant qu'il était trop faible pour boire de lui-même, je suis allé chercher un compte goutte qu'il a consenti à téter. Entre temps j'avais eu la bonne idée d'aller chercher une vieille cage à oiseaux dans laquelle j'ai mis des copeaux propres. Bien m'en a pris car un moment après, je n'aurais plus pu l'attraper. Une fois regonflé, il faut voir comment une petite bête comme ça peut sauter, courir, grimper, bref. Mais, bien que j'aie pris la précaution de mettre des gants pour l'attraper, il n'a jamais essayé de me mordre. Pourtant il était affolé. Il poussait de petits cris déchirants. ce soir, il est dans la cage, avec du lait, du pain, du gruyère et... il roupille. je le relâcherai au jardin demain. C'était l'histoire d'Hugo...
Je l'ai en effet relâché le lendemain dans le fond du jardin et il est parti sans demander son reste.
Dans son commentaire, Rosy ajoutait en parlant de moi : "J'espère qu'il rencontrera d'autres animaux à sauver, tout être vivant à droit au respect qu'il soit de poils ou de plumes , merci à Roland." Je peux la rassurer sur ce plan. Depuis, j'ai dû encore venir en aide à 5 ou 6 pigeons car eux aussi ont un 6ème sens pour se mettre en travers de mon chemin quand ils sont en mauvaise passe...

jeudi 9 août 2007

Cittàgazze : un monde au-delà du monde...


Cittàgazze : un monde au-delà du monde, mon monde...

Cittàgazze. Ce nom fait référence à une ville imaginaire à laquelle accèdent Will et Lyra dans le 2ème volume de la trilogie "A la croisée des mondes" de Philip Pullman, "La tour des anges".
Voici comment Will découvre Cittàgazze :
"(Will) atteignit un grand rond-point où la route qui menait vers le nord traversait la rocade d'Oxford qui allait vers l'est et l'ouest. A cette heure tardive, il y avait peu de voitures, la route sur laquelle il avançait était calme; de jolies maisons se dressaient de chaque côté, en retrait, derrière de vastes étendues d'herbe. Sur le bord de la route, en lisière de l'herbe, étaient plantées deux rangées de marronniers, d'étranges arbres coiffés de couronnes feuillues parfaitement symétriques, ressemblant plus à des dessins d'enfants qu'à de véritables arbres. Impression renforcée par les lampadaires qui conféraient à cette scène un aspect artificiel, comme un décor de théâtre. Ivre d'épuisement, Will aurait pu continuer à marcher vers le nord, ou bien s'allonger dans l'herbe sous un de ces marronniers, et dormir, mais tandis qu'il essayait d'éclaircir ses pensées, arrêté au bord de la route, il vit soudain un chat.
"C'était un chat tigré, comme Moxie. Il sortait à pas feutrés d'un jardin, du côté de la route où se trouvait Will, qui posa son cabas et tendit la main; le chat vint frotter sa tête contre lui, comme l'aurait fait Moxie (...).
"Le chat finit par s'éloigner. C'était la nuit, il y avait tout un territoire à surveiller, des souris à chasser. Il traversa la route au petit trot, en direction des buissons juste derrière les marronniers, et là, il s'arrêta.
"Will, qui l'avait suivi des yeux, vit le chat se comporter de manière étrange.
"L'animal tendit la patte, comme pour tapoter un objet flottant devant lui, une chose totalement invisible aux yeux de Will. Et tout à coup, le chat fit un bon en arrière, le dos arqué et les poils hérissés, la queue droite (...).
"Après quelques secondes de reniflements, de coups de patte timides, de tressaillements de moustaches, la curiosité l'emporta sur la méfiance.
"Le chat s'avança... et disparut.
"Will demeura bouche bée. Il se pétrifia, près du tronc de l'arbre le plus proche, lorsqu'un camion déboucha dans le virage et le balaya avec ses phares. Lorsqu'il fut passé, Will traversa la route, en gardant les yeux fixés sur cet endroit qui intriguait tant le chat. Ce n'était pas facile, car il n'y avait aucun point de repère; malgré tout, lorsqu'il arriva sur place et examina attentivement les lieux, il vit cette chose.
"Sous certains angles seulement. C'était comme si on avait découpé un trou dans l'air, à environ deux mètres du bord de la route (...). Si vous vous teniez à la hauteur de la parcelle de vide, celle-ci était quasiment indécelable, et même totalement invisible (...).
"Mais Will avait deviné, sans le moindre doute, que cette parcelle d'herbe, de l'autre côté, appartenait à un monde différent. Il n'aurait su dire pourquoi. Toutefois, il le comprit immédiatement (...).
"Et cette seule raison le poussa à se pencher en avant pour y regarder de plus près. Ce qu'il vit alors lui fit tourner la tête et battre le cœur plus fort, mais il n'hésita pas un instant : il fit d'abord passer son cabas, puis à son tour il se faufila à travers ce trou dans l'étoffe du monde, pour pénétrer dans un autre.
"Will se retrouva sous une rangée d'arbres. Ce n'étaient pas des marronniers, c'étaient des palmiers, qui formaient une ligne au bord d'une étendue d'herbes, comme les arbres d'Oxford. Mais ils étaient plantés au centre d'un immense boulevard, de chaque côté duquel se succédaient cafés et petits commerces, tous éclairés de lumières vives, tous ouverts, tous totalement silencieux et déserts, sous un ciel chargé d'étoiles. Le parfum des fleurs et l'odeur salée de la mer saturaient l'air de la nuit."

Si cela vous a plu et que vous vouliez en savoir davantage, lisez les magnifiques livres de Philip PULLMAN, "La tour des anges", vol II de la trilogie "A la croisée des mondes" (Edité dans la collection Folio SF ou Folio Junior, chez Gallimard).

Moi, je vous ai seulement présenté Cittàgazze. Sachez seulement que ce n'est pas un monde aussi idyllique qu'il y paraît !Je vous dirai plus tard ce que m'évoque cette desciption. Toute l'actualité sur "A la croisée des mondes" sur : www.cittagazze.com

L'association Cévennes Terre de Lumière


Voici une photo de quelques membres de l'association lors d'une sortie au Val des Nymphes (Lagarde-Adhémar Drôme) au printemps 2007.

J'ai créé l'association "Cévennes Terre de Lumière" pour la connaissance et la sauvegarde du patrimoine Vivarois en 1976. Cette association compte env. 300 adhérents et organise des visites régulières. Si vous voulez avoir de plus amples informations sur elle, rendez-vous sur son site : http://www.ctl-ardeche.com/ et par e-mail : contact@ctl-ardeche.com

mercredi 8 août 2007

L'origine de mon prénom : Roland


Origine germanique : "du pays glorieux". Emotifs, actifs, caractères ouverts, coopératifs. Gourmets, un peu flambeurs, sensibles, brillants, habités par le doute. Sociables, bien que "pointilleux". Affectueux, charmeurs, attachés au foyer. C'est bien moi !
Plus développé dans un excellent ouvrage de référence sur les prénoms :
Roland - fête le 15 septembre - "On se souvient du pays d'origine pour le glorifier : hrod-land, "la terre glorieuse", le "pays de la gloire". L'homme rêve du bonheur perdu, du pays de cocagne souvenir d'un lointain Âge d'or. La "Terre glorieuse" n'évoque-t-elle pas, pour tous les hommes, celle de l'Eden des origines adamiques ? Celle qui devra devenir l'héritage de nos enfants si l'humanité progresse en sagesse et non en violence... Cette "terre glorieuse" évoque aussi le "pays de lumière", le "monde blanc", le Gwenved des Celtes.
Un prénom d'espérance et de nostalgie qui, placé dans le bon courant humanitaire, pourrait susciter une vocation de dévouement au travail d'amélioration des conditions de vie sur notre planète."
Cf. Jacques et Chantal BARYOSHER : L'âme des prénoms. Paris, Presses de la Renaissance, 1997.
Vous comprendrez ainsi un peu mieux pourquoi l'une de mes chansons préférées est "Le paradis blanc" de Michel BERGER (voir mon post du 11/06/2008 et la vidéo correspondante).

mardi 7 août 2007

Les animaux que j'ai aimés : Puck, le pigeon

La mort de Puck

Je suis au jardin. Nous sommes le 14 juillet 2005 et je suis en repos. Je viens d’aller déplacer le tuyau d’arrosage pour le mettre au pied des quelques rosiers (dont le Mermaid) qui se sont sauvés du « naufrage » depuis que je ne m’en occupe plus assez, c’est-à-dire depuis la création de ma société fin 2001. J’ai voulu enlever quelques herbes autour de la « tombe » de Puck. Je pensais que, depuis sa mort, il y a maintenant près d’un an, je n’aurais pas de réaction, à part un petit pincement au cœur comme chaque fois que j’y pense… Mal m’en a pris. Je me suis retrouvé à genoux, en larmes, comme une véritable fontaine, impossible à arrêter. En fait, moi qui croyais avoir fait le deuil de ce petit être qui a partagé ma vie moins de quatre mois, je me suis rendu compte qu’il n’en était rien. Il est vrai que cela ne fait pas encore tout à fait un an. Mais je ne croyais pas être à ce point marqué par ce décès. Des décès d’animaux domestiques, j’en ai connus des tonnes. Mais rien d’aussi marquant que la mort de Puck dont, au fond, je me sens peut-être encore responsable. Rocou est morte de sa belle mort, elle avait 11 ans (11 ans parmi nous, peut-être en avait-elle douze, en réalité). La seule chose que je me reproche c’est de ne pas l’avoir gardée avec moi dans ma chambre la nuit de sa mort. Maman l’a fait à ma place. Cela n’aurait rien changé car elle était visiblement au bout du rouleau et elle s’est éteinte, selon l’expression en tout point justifiée dans ce cas « comme la mèche d’une bougie ». Mais, pour Puck, je crois que je me reproche de l’avoir fait euthanasier (alors qu’il n’y avait pas d’autre solution). Je lui ai enlevé la vie. Et je l’ai en quelque sorte trahi. Je crois que c’est cela, le pire. Avoir trahi la confiance de ce petit être qui ne voyait, qui ne croyait, qui n’aimait que moi. Et moi, je l’ai conduit chez le vétérinaire pour l’euthanasier. Je sais que la mort a été instantanée. Qu’il n’a pu souffrir ni même avoir le temps de se rendre compte qu’il était mort. Je me suis même laissé aller à penser que, si nous pouvions, nous humains, compter que, lorsque nous savons que c’est fini, nous pouvons opter pour une mort aussi rapide et efficace, ce serait merveilleux. Sur le moment, j’ai même envié le sort des animaux qui étaient traités ainsi. Je l’ai gardé sur mes genoux pendant que Petra, l’adorable vétérinaire qui s’est occupée de cela, préparait la seringue (une grande seringue d’un liquide rouge). Je lui ai tenu les ailes (il était dans une telle confiance qu’il ne se débattit même pas) pendant qu’elle faisait pénétrer l’aiguille jusqu’au cœur. La mort a été tellement instantanée que je ne savais pas s’il était seulement endormi ou s’il était réellement mort et, voyant que je ne bougeais pas, Petra m’a dit avec infiniment de douceur : « Vous savez, vous pouvez y aller. C’est fini : il n’a rien ressenti ». Et en effet, alors que je le tenais, je n’ai ressenti aucun spasme de douleur ou même un spasme purement physique me laissant penser que la mort était intervenue. Pour moi, il dormait, tout simplement, dans la confiance absolue qu’il m’avait toujours manifestée. J’ai eu un moment de désarroi total. Je l’ai embrassé dans ses douces plumes du dos (il sentait toujours le bébé – une vraie odeur de bébé nourri au lait-). Et je ne savais trop quoi faire. Elle m’a proposé de le garder pour l’incinérer. Mais j’ai dit « non » presque brusquement. Elle n’a pas voulu que je la paye et je n’ai pas insisté car je savais que je ne pourrai retenir mes larmes. Arrivé à la voiture, toujours serrant le petit corps inerte mais encore tiède contre moi, je l’ai précautionneusement posé dans le panier dans lequel je l’avais apporté et je suis rentré chez moi. Arrivé à la maison, j’ai tourné et viré, ne sachant quelle décision prendre [texte non terminé...]

(J’ai écrit ce texte en juillet 2005 et je le retrouve, inachevé en février 2006… et l’émotion, sinon les larmes, est toujours là et je ne me sens pas le courage de terminer).

dimanche 5 août 2007

CINEMA : "HARRY POTTER ET L'ORDRE DU PHENIX"




Passionné par la saga Harry Potter, j'ai lu tous les livres en français puis je les ai relus en anglais. C'est d'ailleurs grâce à Harry Potter, je crois bien, que je me suis mis à relire régulièrement en anglais. Bien que J'aie étudié l'anglais jusqu'à la licence et que je n'aie jamais cessé de lire en anglais, je ne m'étais jamais attaqué jusque là à des oeuvres d'une telle importance. Le dernier Harry Potter (et les reliques de la mort), qui est le plus volumineux de la saga, fait tout de même près de 900 pages ! 
En effet, même si je n'ai rien à reprocher aux excellentes traductions de Jean-François Ménard chez Gallimard  (qui est tout de même l'un de nos plus grands éditeurs*)  - à part quelques partis-pris, en particulier en ce qui concerne les transcriptions de certains noms ou de pures inventions de l'auteur -, lire un livre dans la langue originale (quand on le peut !) est toujours beaucoup plus gratifiant que de le faire à travers une traduction, si bonne soit-elle. 
J'ai aussi vu (et revu) les films et, là aussi, même si je ne suis pas toujours d'accord à 100 % avec le parti-pris des réalisateurs et producteurs  d'opérer des coupures ou des raccourcis (rendus indispensables par la longueur et la densité des livres), je peux le comprendre et ne leur jetterai pas la pierre car je ne sais pas ce que je ferais à leur place. En ce qui concerne les films, je vous renvoie à mon blog cinéma Ciné Rock07


* Bien qu'il ne soit pas exempt de tout reproche : par exemple, pour moi qui parle aussi espagnol, les traductions d'immenses poètes comme Pablo Neruda ou Federico Garcia Lorca  (eux aussi publiés par Gallimard) seraient entièrement à reprendre. Il faut dire que traduire de la poésie, plus encore que n'importe quel type de littérature, relève de l'exploit.     

Mes poésies : "Paroles du vent" (Face au ciel)

Photo Roland Comte
Face au ciel

Je suis face au ciel
un simple ciel bleu
parcouru de quelques nuages vagabonds
éclairés par la lumière du soleil

Je me dis que c’est beau
qu’il n’y a pas, qu’il n’y aura jamais
spectacle plus réussi, plus achevé

J’imagine, au-delà, l’infini noir de l’espace
et je me vois oiseau flottant
sur la ténuité de l’air impalpable

N’est-ce pas cela la liberté ?
Pouvoir voler ? Toucher le ciel
et admirer la beauté et l’infini du monde ?


(Aubenas, 21 août 1988)

Mes poèmes "Paroles du vent" (Greenland)




Greenland

Je suis venu d’un loin pays de brumes
A chevaux galopants
Depuis le fond des âges
Et le fond de l’abîme
Je suis venu, fuyant le gris, le froid, le blanc

Longtemps, j’ai traversé les mondes
J’ai erré longuement à travers les corridors du temps
J’ai quitté cet étrange domaine
Où les murs étaient faits de cristal
Et où le vent soufflait nuit et jour, jour et nuit

A chevaux galopants, j’ai écarté le temps
Et suis sorti de son royaume
Derrière moi, sont retombées les pesantes tentures et
Se son éteintes les torches
Les portes d’or se sont fermées dans un grincement sourd

Sans un regard, la citadelle j’ai quitté

Alors, j’ai cru être sauvé

Là-bas, la terre verte et le ciel se joignaient
Un gazon ras recouvrait le sol jusqu’à la mer
Sur des rocs escarpés se dressaient de hautes citadelles
Faites de pierres grises, et bardées d’orichalque

Les souvenirs me viennent de musiques anciennes
Résonnant comme en des cathédrales

Je vois des îles, des chemins empierrés
Où le pas des chevaux sonne comme sur du métal
Des étoiles glacées et des forêts immenses
Que traversent des ombres silencieuses et fugaces

Et puis, parfois, des places blanches, inondées de lumière
La chaleur bruissant et les fontaines murmurantes

Mais de nouveau le brouillard est venu
Agrippant le flanc des montagnes aigues et noyant leurs sommets
Et la mer, toujours grise
Une plage immobile, des rochers acérés dressés abruptement
Face à l’inconnu peuplé de songes
Dans le lointain, toujours, il me semble entendre une corne de brume

O vent, chasse enfin de moi-même la nuit et les brumes du temps
Emmène-moi sur les sommets illuminés
Réveille enfin mon âme pour qu’elle apprenne le pourquoi
D’une quête sans fin,
Des vies que j’ai vécues,

Et m’affranchisse à jamais de la mort
Ou qu’au moins elle me donne l’oubli.

Mes poésies : "Paroles du vent" (L'étranger)



(Peinture contemporaine, Bédarieux, Photo Yvon Comte) 

L'étranger

Je suis un étranger
Etranger à moi-même et au monde
Etranger à tout ce qui n'est pas l'absolu cercle du temps

Je suis tombé un jour sur cette terre vide
Depuis ce jour, qui me semble très loin,
j'ai marché longuement
J'ai erré par des terres arides,
par des chemins secrets

J'ai cherché une cime qui portât le regard
par-delà l'horizon
jusqu'à la ligne infinie de la mer

J'ai cherché mon chemin à travers les étoiles
le sens de la parole qui, un jour,
fut le commencement

Parfois, j'ai couru, derrière des chimères
croyant reconnaître un visage, une ombre
ou le parfum de quelque souvenir

Alors j'ai poursuivi ma quête
cherchant toujours plus loin
et tentant de comprendre
pourquoi je suis venu ici
et pourquoi ce silence

Je suis un étranger
étrange vagabond perdu au milieu de la brume
marchant toujours vers un autre destin
ou le destin d'un autre

Il arpente la terre à grands pas qui s'ennuient
ne retrouvant parfois un peu de sa quiétude
qu'à regarder le ciel doucement s'assombrir
le soleil s'alanguir sur les pierres anciennes
des villages détruits
qui lui rappellent d'autres ruines

Je suis un vagabond qui cherche dans sa tête
ces chants perdus de toutes les mémoires
dont seul il se souvient

Je suis ce prince déchu d'une antique épopée
j'ai perdu la bataille
mon épée est brisée
et je reviens chez moi
mais il n'y a plus rien
plus de visage aimé, plus personne qui, comme moi, se souvienne

Je suis cet étranger qui de la main,
écarte le néant qui hante son chemin
Il marche, encore et toujours, plus loin
jusqu'à trouver la porte
de ce premier matin où tout recommencera

Et ce monde l'attend, lui, pauvre pèlerin
qui n'a rien à offrir que ses rêves et ses chants

De ce monde, il reconnaîtra l'étendue
il délimitera l'espace
En un endroit désigné par les signes
il posera la pierre
et il élèvera un palais invisible

Le ciel en formera le toit
et les chants empliront ses espaces
lorsque la gloire du seigneur y descendra

Roland Comte (Paroles du Vent)

Paris, avril 1975
Aubenas, juin 1988
Aubenas, juin 1998
Aubenas, mai 2007


Mes poésies : "Paroles du vent" (Réminiscences)


Réminiscences

Où sont les costumes de brocart
la main tendue haut
devant les murs couverts de pesantes tentures

Où est mon habit de soie verte
le loin pas des chevaux résonnant sur les dalles
le château sur l'à-pic qui domine l'abîme

Réminiscences

Une musique étrange tourbillonne dans ma tête
Autour de moi, l'air est chargé de brouillard
j'avance sur un invisible chemin
mes bras sont devenus des ailes

Réminiscences

Je passe entre deux haies de noirs cyprès
les larmes embuent mes yeux
je suis si fatigué
le voyage est si long

Réminiscences

Un paysage de forêts infinies
et de lacs brillant comme pierres de lune
et toujours cette même musique
qui me poursuit et qui m'appelle

Réminiscences

[Extrait du recueil inédit : Paroles du vent, par Roland Comte

Mes poésies : "Paroles du vent" (présentation)


J'ai commencé à écrire ces poèmes alors que j'étais en fac, à Grenoble, puis j'ai continué, modifiant, réécrivant, etc. J'avais pensé, un moment, les publier sous forme de recueil, intitulé Paroles du vent, mais la poésie en France, étant peu ou pas lue, j'y ai, pour l'instant, renoncé... Peut-être un jour... 

LES ANIMAUX QUE J'AI AIMES : Rocou


Mes amis les animaux : ROCOU

Dans ce post, je voudrais parler des animaux qui ont accompagné ma vie pendant des années. Celui qui l'a le plus marqué, ce fut Rocou, une pigeonne blanche, qui m'a accompagné 11 ans.
Avant, nous avions toujours eu des chats. La dernière chatte en date, Gribouille II (car il y avait eu auparavant sa mère, une Gribouille I), nous l'avons gardée 22 ans.
A partir de Rocou, qui fut le premier pigeon que nous avons recueilli et qui a été, comme je l'ai dit, avec nous pendant 11 ans, il y a eu de nombreux autres oiseaux. Actuellement, nous avons quatre perruches calopsytes dont je vous raconterai l'histoire. Mais commençons par Rocou...

Rocou (pigeonne recueillie en 1991 et qui vécut avec nous jusqu'en 2002)

La découverte de Rocou est un miracle en soi. Je travaillais à l’époque à Libinter, un magasin multimédia, aménagé sur plusieurs étages, le dernier étant constitué par un bureau qui s’ouvrait sur une sorte de terrasse intérieure par une baie vitrée. Le magasin, pris entre deux autres immeubles, prenait la lumière par des verrières. Comme il n’était pas climatisé, l’été, c’était un véritable four car les verrières concentraient la chaleur et la seule véritable prise d’air (avec les portes sur la rue) étaient par la porte fenêtre de ce bureau au dernier étage. Nous étions en septembre et il faisait encore très chaud. Nous ne pouvions même pas laisser ouvert entre midi et deux à cause des alarmes qui se déclenchaient au moindre souffle d’air. Aussi, la personne responsable à l’époque du magasin, mon supérieur, André Richard, que tout le monde appelait Dédé, avait la charge de fermer cette fameuse porte fenêtre entre midi et deux.

Ce jour là, un samedi 18 septembre 1991, il redescend du bureau avec, dans la main, une bien piteuse petite chose : un oiseau, de race indéfinie, plus gris que blanc, ramassé sur lui-même, les pattes recroquevillées sous lui (à telle enseigne que, sur le moment, je les ai cru absentes ou cassées…), visiblement en très mauvais état. Comme il sait que j’aime les animaux et que je rentrais à midi chez moi (lui, habitant à quelques kilomètres d’Aubenas, ne rentrait pas manger chez lui ce jour là), il me le confie.

Comme j’ai un jardin, je pensais l’y relâcher dès que je l’aurais « requinqué » un peu (si toutefois, il survivait !)

En arrivant chez moi (je n’ai pas beaucoup de temps entre midi et deux), je regardais où je pouvais le mettre en attendant mieux. J’avais un vieux garde-manger à la cave qui ne servait plus. J’y ai mis de vieux journaux, l’oiseau dedans, avec de l’eau et des graines que nous donnons l’hiver aux « oiseaux du ciel », principalement des mésanges, qui viennent nous les réclamer pendant la saison froide. J’examinai rapidement ses pattes et je vis, à mon grand soulagement, qu’elles étaient bien présentes mais qu’elles étaient engluées dans une espèce de « ciment » très dur. Ma première réaction était motivée par le fait que, souvent, les pigeonneaux se font dévorer les pattes par les rats alors qu’ils sont encore au nid, quand ce n’est pas l’animal entier qui est dévoré vivant. « Dura lex » que celle de la nature, « sed lex ». Il n’y a pas si longtemps, dans nos campagnes, c’étaient les nouveaux-nés que les rats dévoraient… Horrible, je sais, mais c’est la vérité !

Donc, après m’être occupé comme je le pouvais de « l’oiseau » (nous ne l’avons appelé Rocou que bien plus tard, et encore avons-nous mis des années à nous y faire…), je repartis travailler avec l’espoir que, le soir lorsque je rentrerais, elle serait toujours en vie, sans y croire vraiment, vu son état de faiblesse lorsque je la laissai.

Le soir, c’est avec un petit pincement au cœur que je m’approchai de la cage improvisée. Elle était toujours en vie, essayant de se redresser sur ses pattes mais tombant à chaque fois sur le côté. Je renouvelai l’eau et les graines, lui parlant, regardant à nouveau de manière un peu plus approfondie ce qui lui engluait les pattes. Je compris alors que cela devait être la fiente accumulée au fond du nid (ou plutôt du grenier) d’où elle était tombée dans cette cour intérieure. Je pensais que si Dédé ne l’avait pas trouvée, elle serait morte de déshydratation en quelques heures dans cette cour sans ombre et bordée de murs dont elle n’aurait jamais pu s’échapper. Comme j’ai pas mal d’amis qui s’occupent d’écologie (je suis moi-même président d’une association de défense du patrimoine), je téléphonai à une amie, Suzy, pour lui demander conseil sur ce qu’il fallait faire d’un oiseau dont les pattes étaient engluées par le guano. Après plusieurs coups de fil de son côté, elle me rappela pour me dire « Surtout, ne fais rien ! » En effet, elle me dit qu’il ne fallait pas toucher aux pattes des oiseaux, car les pattes d’un oiseau (surtout jeune) sont d’une extrême fragilité et cassent comme du verre. Elle me conseilla de renouveler la litière tous les jours, changer le journal par de la paille, et que cela tomberait tout seul. En attendant, la future Rocou dormait (je ne savais pas encore si elle allait s’en tirer – j’ai vu beaucoup d’oiseaux que nous avions recueillis mourir brusquement après plusieurs jours où ils avaient l’air en parfaite santé) et je n’étais pas très optimiste sur ses chances de survie..

Ce qui compliquait les choses, c’est que, le lendemain, de guidais une sortie sur l’architecture romane des Cévennes dans les cadre de ce que l’on appelait alors les « Journées portes ouvertes dans les monuments historiques », et je ne pouvais absolument pas l'annuler.

Le lendemain soir, de retour à la maison, je ne savais pas trop ce qui m’attendait. Mais Rocou était toujours vivante et elle commença à me manifester, autant qu’elle le pouvait alors (en remuant les ailes), de l’intérêt. Elle avait bu et elle avait mangé. Je l’examinais de nouveau et je constatai avec surprise, que quelques morceaux de guano s’effritaient et commençaient à tomber. Je pensais que nous étions sur la bonne voie. Le lundi, j’allai acheter de la paille à lapins (ce serait à refaire, j’achèterais des copeaux de bois), et tout rentra dans l’ordre au bout de quelques jours.

Voilà pour la découverte. Après, Rocou commença d'elle-même à s’intégrer à la famille, composée de mes parents, d’une vieille chatte, Gribouille, depuis décédée à l’âge de 22 ans, et de moi, célibataire endurci. Au début, des amis nous prêtèrent une cage plus adaptée que le garde- manger. L’oiseau indéterminé (et qui, lorsque nous l’avons récupéré, n’était plus tout à fait un bébé mais pas encore un adulte) devint un très beau pigeon (ou plutôt une pigeonne, nous nous en rendîmes compte lorsqu’elle prépara son premier œuf) blanc, immaculé, avec juste une tache noire sur le sommet de la tête.

Les premiers temps, nous nous observâmes, en quelque sorte, puis, très vite, Rocou devint un membre de la famille à part entière, participant aux repas, aux apéritifs, et même aux conversations, s’imposant parmi nous comme l’aurait fait n’importe quel animal domestique, ayant « ses têtes », appréciant certains de nos amis, pas d’autres. Elle finit par ne plus vouloir rentrer dans sa cage, qui ne servait plus qu’à la transporter lors de voyages, en particulier pendant les vacances d'été (lorsque je partais quelques jours). Lors de mes premières vacances en juillet ou août de l’année suivante (je l'avais recueillie en septembre), je la descendis à mes parents qui passaient deux à trois mois dans leur maison de Varage, au bord de l’Etang de Berre. Cette fois-là, je partais avec ma belle-sœur et mon frère pour 10 jours à Malte. Les premiers jours de mon absence, elle ne s'alimenta pas (ma mère me le dit à mon retour) et c’est grâce aux pistaches qu’elle survécut. En effet, ma mère avait découvert qu'elle adorait les pistaches qui accompagnaient souvent l'apéritif; elle arrivait à lui en faire manger une ou deux puis deux ou trois (coupées en petits morceaux). Elle en devint « accro » comme, plus tard, lorsqu’elle prépara sa première couvaison, au gruyère râpé – jusqu’à ce que nous soyons obligés de le lui rationner ! Lorsque je revins de ce premier voyage, elle coucha la première nuit sur mon oreiller, à côté de ma tête, ce qu’elle ne fit plus jamais après.

Elle aimait aussi par-dessus tout la croûte de la pogne de Romans, qu’elle nous pelait complètement. Nous ne pouvions nous le permettre que lorsque nous étions seuls car si nous, nous ne la craignions pas, nous ne pouvions imposer cela à nos amis ou à nos familiers. Elle en était arrivée à prendre ses repas avec nous. Pour ce faire, nous lui avions aménagé une caisse en bois avec des rebords assez hauts car, le gros problème avec un pigeon, c’est qu’elle trie parmi les graines celles qui lui conviennent le mieux et, d’un coup de bec aussi précis qu’un revers de Mac Enroe, elle éjecte le reste. Donc, lorsqu’elle était à table avec nous – c’est-à-dire sur la table -, nous en prenions souvent dans nos assiettes, ce qui n’était pas dramatique car, somme toute, ce n’étaient que des graines, mais relativement désagréable pour des humains qui ne se nourrissent pas de graines.

L’autre problème –ne nous voilons pas la face ! – étaient les fientes. Au début, elle en semait un peu partout, mais de préférence en hauteur. L’un de ses « crottoirs » préférés était un grand miroir ancien que nous avons dans la salle à manger. J’ai dû bourrer l’arrière avec du sopalin pour « récupérer » les crottes et éviter de tacher la tapisserie. Elle se posait aussi sur les nombreux tableaux (peints par mon père) qui ornent les murs ou sur ses statues… Même processus. Puis, au bout de quelques années, elle apprit la propreté : elle en était arrivé à crotter exclusivement à un endroit, une étagère placée en débordement au-dessus d’une porte. Ça se passait en deux temps : elle sortait de son cagibi (une pièce qui lui était réservée), se posait sur l’étagère sous laquelle j’avais pris la précaution d’étaler un vieux journal. Je criais « caca ! », d'un ton ferme, elle se tournait et faisait ses besoins. Après, nous étions tranquilles pendant tout le repas. Il a fallu du temps, c’est sûr, mais cela s’est fait presque naturellement, car elle était (et je pense que tous les pigeons le sont) extrêmement intelligente. Je pourrai citer de nombreux autres exemples.

Au bout de quelques années, comme elle ne voulait plus dormir dans sa cage, nous lui avons aménagé une petite pièce attenante à l’une de nos pièces à vivre, munie d’une fenêtre, que nous appelons « le cagibi ». Elle y avait son nid sur l’une des étagères dont été munie cette pièce. Nous l’avions repeinte et c’était assez pimpant : une vraie "chambre particulière" avec lumière et chauffage. Le soir, lorsqu’elle avait mangé, elle allait se coucher d’elle-même assez tôt (vers les 20 H) et nous ne la voyons plus jusqu'au petit déjeuner qu'elle prenait évidemment avec nous.

En vacances, la maison de Varage est équipée d’une mezzanine avec une rambarde de bois, elle se perchait de préférence sur cette rambarde, d’où elle voyait et surveillait tout. Elle allait là aussi se coucher toute seule lorsque c’était son heure, dans la chambre où je dors quand je vais passer quelques jours chez mes parents. Mais, vers la fin, le voyage en voiture non climatisée la fatiguait beaucoup et, l’année de sa mort, je ne suis pas allé dans le midi pour lui éviter la fatigue.

J’aurais beaucoup d’autres choses à raconter car elle est restée 11 ans avec nous. Elle s’est éteinte comme l’aurait fait une bougie, le 6 février 2002…

Oeuvres de Geneviève COMTE-LASTIOLAS




Les oeuvres de Geneviève Comte-Lastiolas


Geneviève est ma belle soeur. Nous nous connaissons depuis la fac (Sciences Po). Elle a ensuite connu mon frère Yvon et ils se sont mariés. Ils vivent dans une agréable maison des environs de Montpellier. Geneviève a étudié l'égyptologie sous la direction de M. Daumas à l'Université de Montpellier; elle a travaillé pendant trois ans au Centre français de Louxor en Egypte. Mon frère et ma belle soeur sont allés souvent depuis en Egypte. L'Egypte et le Moyen-Orient en général ont beaucoup inspiré Geneviève pour ses tableaux (elle utilise principalement la technique du pastel). 

Cesaretta, ma copine italienne


Je vous présente ici Cesaretta, une fille super que nous avons rencontrée lors d'un voyage en pays étrusque que j'avais organisé pour l'association en avril 1995. Nous sommes restés en contact depuis et elle nous a même reçus, mon frère Yvon et ma belle-soeur Geneviève, en 2005, dans son "petit paradis" situé sur les bords du lac de Bolsena, où elle habite. Elle est guide, spécialisée sur les Etrusques de la région de Bolsena. Bolsena est un charmant village médiéval à une 50e de km au nord de Rome. Le nom de Bolsena vient du nom de la capitale religieuse de la confédération étrusque, Volsinies, que l'on n'a jamais vraiment située, mais dont on sait qu'elle était sur l'une des rives de ce lac volcanique. L'endroit est magique. C'est pour cela que j'en parle sur mon blog. Cesaretta a un site dont voici l'adresse :


Si vous vous intéressez aux Etrusques et à leur mystérieuse civilisation, allez faire un tour en Toscane ! Et si vous voulez visiter la région, adressez-vous à elle. Vous n'aurez pas de meilleure guide !

"Le jardin de roses" d'Otto Rahn


Avertissement !

Certaines personnes, mal informées, pourraient être choquées par la mise en ligne de ce texte d'un auteur que l'on considère à tort comme un nazi. Otto Rahn était avant tout un poète. Il était passionné par les relations qui avaient pu exister entre les troubadours et les "minnesanger" ("troubadours" en allemand) et fasciné par le catharisme. Il a vécu en Occitanie avant d'être rappelé en Allemagne où il s'est fait piéger par les SS qui ont vu en lui un thuriféraire des idées ésotériques nazies. Lorsque, conscient de l'horreur du système nazi, il voulut s'en écarter, ils se débarassèrent de lui d'une manière particulièrement atroce en le décapitant à la hache [Lire à ce sujet "Le mystère Otto Rahn, du catharisme au nazisme" de Christian Bernadac. Paris, Ed. France-Empire, 1978]. Je tiens en outre à préciser qu'on serait bien en peine de trouver une seule idée nazie dans "La cour de Lucifer" le livre dont est tiré le texte qui suit [Otto Rahn. La cour de Lucifer, les cathares gardiens du Graal". Paris, Tchou, 1974].


Le Jardin de Roses

« Depuis plusieurs semaines, je vis dans un alpage situé si haut dans la montagne que, dès que l’automne commence, on doit s’attendre à y voir tomber la neige. Sa blancheur recouvre alors la gentiane odorante, l’arnica dont la sève est efficace pour guérir les blessures, et la pudique rose des Alpes. Cet alpage trouve un sûr équilibre entre le Supérieur et l’Inférieur. Délimité nettement par ses parois abruptes, il se suffit à lui-même. J’ai senti tout de suite qu’il constituait un petit univers enchanté.
« Protégé par les magnifiques Dolomites, il est, certes, loin du monde, mais nullement étranger au monde. Sans lui être annexé, il est relié à lui. Un chemin escarpé qui épouse le flanc généreux de la montagne mène jusqu'à son sommet. En maints endroits, il est coupé de torrents écumants, bondissants, qui voudraient l’empêcher, semble-t-il, de mettre en communication les profondeurs sombres avec les hauteurs sublimes. Mais il s’obstine à monter : plus la paroi est abrupte, plus le torrent est violent, plus il met de sérénité à guider nos pas vers les hauteurs. Il sait que bientôt il n’y aura plus que les hauts sapins couverts de mousse pour l’empêcher de voir l’alpage où il est de son devoir de nous amener et qui constitue sa raison d’être. Quand je l’ai suivi pour la première fois, rien ne me laissait prévoir qu’il me conduirait si haut : un brouillard tourbillonnant et froid l’enveloppait. Enfin, je suis arrivé au sommet et j’y suis resté.
« Depuis que je suis sur cet alpage, je me suis rendu trois fois à Bozen. Il faut quatre heures de marche pour y aller. J’ai acheté de grosses chaussures, des vêtements épais. Plusieurs fois je suis descendu au fond du précipice que domine l’alpage, par un sentier de chasseurs, incroyablement accidenté, qui longe des troncs d’arbres déracinés et des rochers moussus. Dans la vallée, les arbres s’élèvent puissamment, car là la tempête ne peut les ébrécher. Le soleil lui-même ne parvient que difficilement au fond de ce gouffre. N’y a-t-il pas des jours où l’on serait heureux de se passer de lumière ? Ces jours-là, je descendais vers les profondeurs.
« Mais très souvent aussi j’ai pris le chemin qui, de l’alpage, mène au sommet. Il traverse de larges étendues de bruyère où se cachent les airelles rouges, puis une forêt de sapins sombres, à travers les branches déchiquetées desquels on voit toujours briller les grands champs enneigés des monts Adamello ; il contourne harmonieusement un abreuvoir que l’on a construit pour le bétail, et où viennent boire les oiseaux de la forêt. Et il s’arrête là. On est seul devant les aiguilles du « Jardin des roses » qui se dressent vers le ciel. On est seul à recueillir sans contrainte les révélations que ne manquent jamais de faire les hauts sommets des montagnes géantes, avec lesquelles on a l’impression ici de communier, comme si l’on avait part à leur substance.
« Je n’oublierai jamais cette soirée. J’étais devant mon chalet et je regardais mourir le jour. La cloche d’une chapelle située sur un autre versant, dans la forêt, sonnait un glas. Mais le splendide « Jardin de roses » vivait d’une vie insoupçonnée. Ses rochers s’éclairaient d’une flamme aussi rouge que les roses les plus délicates. Par moment, ils flamboyaient comme si un feu eût brûlé à l’intérieur de leurs formes ; et les traînées de brume qui s’accrochaient à leurs flancs ressemblaient à des nuages de fumée. Je contemplais ce spectacle. Et je pensais aux vieilles chansons qui racontent tant de choses merveilleuses sur cette montagne. Autrefois, quand les hommes étaient moins mauvais, le roi des nains, Laurin, entretenait ici un magnifique jardin de roses. Une odeur très suave s’exhalait des corolles de ces fleurs innombrables, et des myriades d’oiseaux, ivres de joie, chantaient nuit et jour la gloire du Créateur. Mais un jour des hommes méchants réussirent à capturer le roi des nains et ils l’emmenèrent dans leurs villes où ils lui firent jouer de force le rôle d’un baladin ou d’un fou, pour faire rire les badauds. Il arriva, cependant, peu après, que Laurin parvint à se débarrasser secrètement de ses chaînes et à revenir dans ses jardins paradisiaques. Afin que plus jamais quelqu’un d’indigne n’y rentrât, il les entoura - comme il l’avait déjà fait, d’ailleurs, une première fois - d’un fil de soie. Homme - eût-il dans les bras une vigueur exceptionnelle - n’aura jamais assez de force pour déchirer ce fil aussi fin que celui d’une toile d’araignée. Aucun mortel - aussi riche qu’il soit - ne pourra jamais acheter le droit de jeter un regard dans le « Jardin de roses ». Même s’il a lu tout ce qui a été écrit, il ne retrouvera jamais le livre où est décrit le jardin enchanté de Laurin.
« Telles étaient mes réflexions devant ma cabane de l’alpage. La nuit était maintenant complètement tombée et la lune avait fait son apparition : ses rayons d’argent jouaient sur la pierre éteinte. Le jour avait quitté ces lieux : la nuit froide y régnait, qu’une belle chanson de Brahms identifie à la mort. Et pourtant, devant moi, la montagne était toujours aussi vivante.
« Il me semble que ce qu’il y avait de plus merveilleux dans Laurin, c’était sa science du Jour et de la Nuit, science qui se confondait avec celle de la vie et de la mort. Oh, comme nous aimerions avoir cette connaissance ! disent les hommes en se lamentant. Car il est toujours possible d’entrer dans le royaume merveilleux de Laurin, malgré le fil de soie qui le protège ! A condition d’être un chevalier, ou un enfant - ou un poète !
« On raconte qu’un jour un compagnon de Dietrich de Bern chevauchait sur le très ancien Troj de rèses, le sentier des roses tyrolien, qui mène à travers la vallée du Tierser, du col de Karer vers le nord. Il avait essayé, mais en vain, de trouver l’entrée du royaume de Laurin. Chaque fois qu’il croyait toucher au but, des parois rocheuses infranchissables se dressaient devant lui. Il remarqua une crevasse et il s’y enfonça... C’était un passage souterrain. Et près d’un ruisseau il entendit les chants merveilleux d’une foule d’oiseaux. Il s’arrêta et prêta l’oreille. Alors il aperçut une femme qui gardait ses moutons dans une prairie ensoleillée. Il lui demanda si les oiseaux chantaient toujours ainsi. Elle lui répondit que depuis bien longtemps elle ne les avait pas entendus chanter, mais qu’elle croyait maintenant qu’il était possible de retrouver le moulin et de le remettre en marche pour le salut des hommes. « Quel est donc ce moulin ? » demanda le chevalier. « Un moulin enchanté qui ne tourne plus depuis de nombreuses années. Autrefois c’étaient des nains qui le faisaient marcher. Il appartenait à Laurin qui y faisait moudre de la farine pour la donner aux pauvres. Mais des hommes avides sont venus ; et l’un d’eux jeta un nain à l’eau parce qu’il ne lui avait pas donné assez de farine. C’est depuis ce temps-là que le moulin s’est arrêté. Il a disparu et est devenu introuvable. Et il doit le rester jusqu'à ce que les oiseaux recommencent à chanter. »
« Le moulin se trouve au fond de la crevasse, lui dit encore la femme, il est fermé, sa roue est immobilisée. On l’appelle le Moulin des roses, parce qu’il est entouré de roses sauvages. » Le chevalier courut aussitôt dans la forêt pour chercher le moulin, et il le trouva. La mousse poussait sur son toit, ses murs en planches étaient noircis par l’âge ; la roue ne tournait plus. Les roses formaient un fourré si épais qu’à moins de savoir que le moulin était là, on fût passé à côté sans le voir. Le chevalier essaya d’ouvrir la porte : la serrure ne céda pas. Il avisa alors une petite fenêtre ouverte dans le mur. En montant sur le dos de son cheval, il regarda à travers la vitre. A l’intérieur, sept nains étaient couchés et dormaient. Le chevalier appela, frappa contre le mur. Ce fut en vain. Alors il revint dans la prairie et s’y étendit pour passer la nuit. Le lendemain, au matin, il grimpa sur une hauteur qui surplombait la gorge. Trois buissons de roses sauvages y fleurissaient. Le chevalier prit une rose au premier buisson, et il entendit un elfe lui dire dans le feuillage : « Apporte-moi une rose du bon vieux temps ! - Je le voudrais bien, lui répondit le chevalier, mais où la trouverai-je ? » Alors, l’elfe disparut en se lamentant. Le chevalier s’approcha du deuxième buisson et cueillit une fleur. Un elfe apparut, lui demanda la même chose que le premier, ne l’obtint pas, se lamenta et disparut. Quand il eut pris une rose au troisième buisson, le troisième elfe lui demanda : « Pourquoi frappes-tu à notre porte ? - Je voudrais pénétrer dans le jardin de roses du roi Laurin, car je cherche la fiancée du mois de mai. - Pour entrer dans ce jardin, lui dit l’elfe, il faut être un enfant ou un poète. Si tu es capable de chanter une belle chanson, le chemin te sera ouvert. - J’en suis capable. - Alors viens avec moi ! - L’elfe cueillit des roses et descendit dans la gorge, suivi par le chevalier. Ils arrivèrent au moulin. La porte s’ouvrit toute seule. Les nains dormaient toujours. Alors l’elfe les toucha avec les roses en s’écriant : « Réveillez-vous, dormeurs, les jeunes roses sont en fleurs ! » Les nains se levèrent, se frottèrent les yeux et se mirent aussitôt à moudre...
« L’elfe montra au chevalier un couloir qui descendait jusque dans la cave du moulin. De là, une galerie s’enfonçait dans la montagne et s’achevait dans une éclatante lumière. Le chevalier, au comble du bonheur, aperçut le jardin paradisiaque du roi Laurin, avec ses plates-bandes aux mille couleurs, ses bouquets riants et ses buissons de roses épanouies. Il aperçut même le fil de soie qui faisait le tour du domaine. « Maintenant, dit l’elfe, commence ta chanson ! » Alors le chevalier chanta l’amour (Minne) et le mois de mai, et le paradis des roses s’ouvrit pour lui. Il entra alors dans l’éternité.
.......................................................................................................................................................
« Le « Jardin de roses » flamboie. La nuit monte dans les cheminées du Schlern et des autres montagnes, si belles. La neige remplit les rides rocheuses. Un faisceau doré de rayons solaires, le dernier de ce jour, éclaire la pente où se dresse la ferme du Vogelweider. On dit que c’est là que le troubadour Walther von der Vogelweide, qui chanta de si bon cœur ses joyeux refrains, vit pour la première fois la lumière du monde. Fils du Tyrol, il connaissait sans doute les légendes du « Jardin de roses », du moulin enchanté et des oiseaux chanteurs (...).

Extrait de « La cour de Lucifer » d’Otto Rahn. Paris, Ed. Tchou, 1974.

samedi 4 août 2007

De quoi se nourrissent les fées ?...


4 août
"De quoi se nourissent les fées ?..."



« De quoi se nourrissent les fées ?… »

Hier, je suis allé voir Cathy (Catherine Caillaud, voir mon post « Cathy la conteuse » du 1er août 2007) chez elle à Gagnières, dans la maison qu’elle restaure avec son mari, Fred. J’ai fait la connaissance de sa petite famille, composée de ses deux jolies petites filles, Thaïs et Florine. Il y avait aussi leur vieux chien, perclus de rhumatismes et dont la vie n’a pas été facile…

J’y étais allé pour lui apporter les dessins de mon père afin qu’elle en choisisse quelques uns pour illustrer le livre de contes qu’elle est en train d’écrire et va publier prochainement (Editions De Borée).

A un moment de la conversation, qui a roulé, comme la Gagnières les galets et les pépites d’or, sur des tas de sujets de folklore, de botanique et d’amis communs, elle m’a demandé :

- « Comment tu imagines les fées ? »

Comme j’étais un peu désarçonné et que je ne savais quoi répondre – la vérité est que je n’en rencontre pas tous les jours, des fées ! – je lui ai dit que j’avais, à plusieurs reprises, « senti leur présence ». C’est vrai. Cela m’est arrivé très nettement au Val des Nymphes, à côté de Lagarde-Adhémar, dans la vallée du Roubreau, tout près de la magnifique Roseraie de Berty, création d’Eléonore Cruse, ainsi qu’à Brocéliande… Cathy, pour sa part, m’a dit avoir ressenti cette présence dans le Bois de Païolive et cela n’est pas pour m’étonner.

Peu après, comme je n’avais pas vraiment répondu à sa question, en poursuivant son idée, elle m’a aussi demandé si je savais quelle était leur nourriture ? Là aussi, j’ai « ramé » mais je crois avoir trouvé. J’ai en effet un très beau livre sur l’Irlande (Artus, L’Irlande ou les musiques de l’âme, Ed. Ouest-France, 1995) qui, comme chacun sait, est la terre d’élection du « petit peuple ». Je suis allé en Irlande il y a quelques années et j’en ai été ébloui. C’est sûr : c’est un pays magique et mystérieux où la terre se confond avec le ciel et avec l’eau. J’aime particulièrement ces pays de confins où on ne sait jamais vraiment si ce que l’on voit est réel ou si cela fait partie du rêve.

Dans ce livre, un chapitre aborde, dû à Pierre Dubois, qui s’est spécialisé dans l’étude des fées et des lutins, s’intitule « Petit guide pratique des Elfes et des nains d’Irlande ». A propos d’une fée irlandaise, du nom de Miscawn Mary, il est dit qu’elle « se contente de quelques rayons de lune pour ranimer son évanescente blondeur. »

Ces mots en ont amené d’autres et (souvenir de lecture ou invention personnelle ?), je me suis « rappelé » que les fées se nourrissaient aussi des gouttes de rosée recueillies dans les corolles ou du nectar conservé dans le calice des fleurs. Pour les fleurs, j’ai pensé à la digitale pourpre, que l’on appelle aussi (je crois), « dé (ou doigt) de fée ou de sorcière » - les deux sont souvent proches - ou à la campanule. Curieusement, aujourd’hui, D., une amie de l’association, est venue nous rendre visite, et elle apportait avec elle, en cadeau, une campanule en pot. Le hasard, n’est-ce pas ?... A moins qu’il ne s’agisse d’un clin d’œil des fées pour me montrer que je suis sur la bonne voie…

The Piper at the Gates of Dawn


« The piper at the gates of dawn » (Le joueur de pipeau aux portes de l’aurore »

« Le chant aux portes de l’aurore » est le titre d’une nouvelle qui sert d’introduction à l’un des textes que je considère comme les plus magnifiques de la SF : la « Trilogie de Corlay » de Richard COWPER, dont je parle par ailleurs (liste SF)[1].

Dans une Angleterre post-cataclysmique retournée à un mode de vie médiéval l’Eglise officielle, toute puissante, impose son ordre de fer.

Dans cette première nouvelle, un jeune joueur de pipeau, Tom, élevé par un magicien, Morfedd, accompagne le Vieux Pierre qui doit le conduire à York pour intégrer la chorale du Chapitre de la Cathédrale. Sans qu’il en ait conscience, sa musique est porteuse d’un message, celui de l’Oiseau Blanc qui menace la puissante Eglise et, à terme, s’imposera. L’innocent Tom paiera le prix de cette révélation en devenant le premier martyr de la Fraternité.

Viennent ensuite trois volumes :

- La route de Corlay (PF n°278. Denoël, 1979)
- La moisson de Corlay (PF n°350, Denoël, 1982)
- Le testament de Corlay (PF n°371, Denoël, 1983)

Ces quatre livres ont été publiés en France dans les années 1980, par Denoël dans sa prestigieuse collection, hélas disparue en 2000. Les titres les plus célèbres sont peu à peu réédités par Gallimard dans sa collection Folio SF[2]. Cela n’est malheureusement pas le cas, pour l’instant, des livres de Richard Cowper, écrivain injustement méconnu. En attendant, et jusqu’à leur épuisement définitif, on peut encore les trouver en les commandant, soit « neufs » (mais il ne faut pas être trop regardant sur la qualité des ouvrages : papier jauni, couvertures cornées, etc., soit d’occasion (voir mon post Rendez-vous sur ma boutique Price Minister). En tout cas, je ne saurais trop vous recommander de vous les procurer au plus vite car on risque bientôt de ne plus les trouver, sous aucune forme, du moins si Gallimard ne se décide pas à les rééditer.

En ce qui me concerne, je considère cette trilogie comme un incontournable de ma bibliothèque. Si vous n’aimez pas la SF, ne vous laissez pas arrêter par cette classification qui, comme toutes les classifications est trompeuse. Si l’on tient absolument à la faire entrer dans un cadre, cette œuvre relève plus de la Fantasy, mais elle pourrait aussi être considérée comme un livre poétique, une réflexion philosophique, ou un excellent roman. C’est pour moi un véritable bijou, aussi bien sur le plan de la qualité de l’écriture, mais aussi quant à la magie qui se dégage de ce texte, « lumineuse tapisserie tissée avec les fils de l’espace et du temps » (« A tapestry of time », titre original du « Testament de Corlay »).

Le titre « Piper at the gates of dawn/Le chant aux portes de l’aurore » m’a beaucoup intrigué et je vous livre ici le résultat de mes recherches.

- C’est le titre du premier album des Pink Floyd, paru le 7 août 1967. Celui-ci est emprunté au septième chapitre du livre de Kenneth Grahame, « The wind in the willows » (Le vent dans les saules), un classique de la littérature enfantine anglo-saxone, comparable, par certains côtés à « Peter Pan » ou « Alice in wonderland » (Alice au pays des merveilles). Ce livre était l’un des livres préférés de Syd Barett. Sur les onze titres de l’album, huit sont des compositions de Barett. Tous font référence à un « univers surréaliste où se bousculent gnomes gothiques, héroïnes diaphanes, chats diaboliques, épouvantails déprimés et fusées interplanétaires » [JM Oullion]. L’un de ces titres, « The gnome » est justement une « comptine pop déjantée qui évoque les Hobbits de Tolkien, avec une touche du « Wind in the willows » de Grahame. La chanson décrit le périple de Grimble Gromble, parti dans une grande aventure et fait figure de sombre présage pour son auteur (…) [Idem]

Curieusement, c’est aussi un titre interprété par Van Morrison (mais je n’ai pas encore exploré cette piste).

Voici le texte de la chanson :

" Piper at the gates of dawn
" The coolness of the riverbank, and the whispering of the reeds
" Daybreak is not so very far away

" Enchanted and spellbound, in the silence they lingered

" And rowed the boat as the light grew steadily strong

" And the birds were silent, as they listened for the heavenly music

" And the river played the song

" The wind in the willows and the piper at the gates of dawn

" The wind in the willows...

" The song dream happened and the cloven hoofed piper

" Played in that holy ground where they felt the awe and wonder

" And they all were unafraid of the great god Pan

" And the wind in the willows...

" The wind in the willows...

" When the vision vanished they heard a choir of birds singing

" In the heavenly silence between the trance and the reeds

" And they stood upon the lawn and listened to the silence

" Of the wind in the willows...

" The wind in the willows...

" It's the wind in the willows..."

Traduction proposée par moi-même* :

" Le joueur de pipeau aux portes de l’aurore
" La fraîcheur des berges et le murmure des roseaux
" L’aube n’est pas très loin

" Enchantés et comme ensorcelés, dans le silence ils s'attardaient

" Et faisaient lentement avancer la barque tandis que la lumière augmentait

" Et les oiseaux faisaient silence pour écouter la musique céleste

" Et la rivière murmurait la chanson

" Le vent dans les saules et le joueur de pipeau aux portes de l'aurore

" Le vent dans les saules...

" Le rêve de chant survint et le joueur de pipeau aux pieds fourchus

" Jouait sur ce sol sacré où ils ressentaient l'horreur et l'émerveillement

" Et aucun d'eux ne craignait le grand dieu Pan

" Et le vent dans les saules...

" Le vent dans les saules...

" Lorsque la vision s'effaça,
le silence céleste entre l'extase et les roseaux
" Ils se tenaient sur la pelouse et écoutaient le silence

" Du vent dans les roseaux et le joueur de pipeau aux portes de l'aurore

" Le vent dans les roseaux ...

" C'est le vent dans les roseaux ..."


[*Avec l'aide de Marie-Cécile Oubrier et de Pierre-Philippe Fraisse]







[1] Fait partie du recueil de nouvelles : « Les Gardiens » PF n°259, Paris, Denoël, 1978.
[2] On peut trouver une histoire de la collection Présence du Futur sur Internet : http://farlen.free.fr/livres/pdf/pdfpres/histog.html

AU DELA DES REVES

  1. The Piper at the Gates of Dawn/Le chant aux portes de l'aurore de Richard Cowper




« The piper at the gates of dawn » (Le joueur de pipeau aux portes de l’aurore »

« Le chant aux portes de l’aurore » est le titre d’une nouvelle qui sert d’introduction à l’un des textes que je considère comme les plus magnifiques de la SF : la « Trilogie de Corlay » de Richard COWPER, dont je parle par ailleurs (liste SF)[1].

Dans une Angleterre post-cataclysmique retournée à un mode de vie médiéval l’Eglise officielle, toute puissante, impose son ordre de fer.

Dans cette première nouvelle, un jeune joueur de pipeau, Tom, élevé par un magicien, Morfedd, accompagne le Vieux Pierre qui doit le conduire à York pour intégrer la chorale du Chapitre de la Cathédrale. Sans qu’il en ait conscience, sa musique est porteuse d’un message, celui de l’Oiseau Blanc qui menace la puissante Eglise et, à terme, s’imposera. L’innocent Tom paiera le prix de cette révélation en devenant le premier martyr de la Fraternité.

Viennent ensuite trois volumes :

- La route de Corlay (PF n°278. Denoël, 1979)
- La moisson de Corlay (PF n°350, Denoël, 1982)
- Le testament de Corlay (PF n°371, Denoël, 1983)

Ces quatre livres ont été publiés en France dans les années 1980, par Denoël dans sa prestigieuse collection, hélas disparue en 2000. Les titres les plus célèbres sont peu à peu réédités par Gallimard dans sa collection Folio SF[2]. Cela n’est malheureusement pas le cas, pour l’instant, des livres de Richard Cowper, écrivain injustement méconnu. En attendant, et jusqu’à leur épuisement définitif, on peut encore les trouver en les commandant, soit « neufs » (mais il ne faut pas être trop regardant sur la qualité des ouvrages : papier jauni, couvertures cornées, etc., soit d’occasion (voir mon post Rendez-vous sur ma boutique Price Minister). En tout cas, je ne saurais trop vous recommander de vous les procurer au plus vite car on risque bientôt de ne plus les trouver, sous aucune forme, du moins si Gallimard ne se décide pas à les rééditer.

En ce qui me concerne, je considère cette trilogie comme un incontournable de ma bibliothèque. Si vous n’aimez pas la SF, ne vous laissez pas arrêter par cette classification qui, comme toutes les classifications est trompeuse. Si l’on tient absolument à la faire entrer dans un cadre, cette œuvre relève plus de la Fantasy, mais elle pourrait aussi être considérée comme un livre poétique, une réflexion philosophique, ou un excellent roman. C’est pour moi un véritable bijou, aussi bien sur le plan de la qualité de l’écriture, mais aussi quant à la magie qui se dégage de ce texte, « lumineuse tapisserie tissée avec les fils de l’espace et du temps » (« A tapestry of time », titre original du « Testament de Corlay »).

Le titre « Piper at the gates of dawn/Le chant aux portes de l’aurore » m’a beaucoup intrigué et je vous livre ici le résultat de mes recherches.

- C’est le titre du premier album des Pink Floyd, paru le 7 août 1967. Celui-ci est emprunté au septième chapitre du livre de Kenneth Grahame, « The wind in the willows » (Le vent dans les saules), un classique de la littérature enfantine anglo-saxone, comparable, par certains côtés à « Peter Pan » ou « Alice in wonderland » (Alice au pays des merveilles). Ce livre était l’un des livres préférés de Syd Barett. Sur les onze titres de l’album, huit sont des compositions de Barett. Tous font référence à un « univers surréaliste où se bousculent gnomes gothiques, héroïnes diaphanes, chats diaboliques, épouvantails déprimés et fusées interplanétaires » [JM Oullion]. L’un de ces titres, « The gnome » est justement une « comptine pop déjantée qui évoque les Hobbits de Tolkien, avec une touche du « Wind in the willows » de Grahame. La chanson décrit le périple de Grimble Gromble, parti dans une grande aventure et fait figure de sombre présage pour son auteur (…) [Idem]

Curieusement, c’est aussi un titre interprété par Van Morrison (mais je n’ai pas encore exploré cette piste).

Voici le début de la chanson :

« Piper at the gates of dawn
« The coolness of the riverbank, and the whispering of the reeds
« Daybreak is not so very far away

Traduction proposée par moi-même :

Le joueur de pipeau aux portes de l’aurore
La fraîcheur des berges et le murmure des roseaux
L’aube n’est plus très loin


[1] Fait partie du recueil de nouvelles : « Les Gardiens » PF n°259, Paris, Denoël, 1978.
[2] On peut trouver une histoire de la collection Présence du Futur sur Internet : http://farlen.free.fr/livres/pdf/pdfpres/histog.html